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Mehrnoush Alimadadi
Traduit par Jabbar Abdideh

Avant la révolution islamique, l’attention portée à l’industrie, à la culture et à l’art en Occident, en particulier en Europe, figurait parmi les stratégies du gouvernement pour faire connaître aux Iraniens les réalisations occidentales. Avec le voyage d’intellectuels et de couches aisées de la population dans des pays européens, dès la fin de la période qâdjâr, des mesures ont été prises pour moderniser l’Iran. Toutefois, avec l’arrivée au pouvoir de Rizā Shāh Pahlavi 1er, l’envoi d’étudiants iraniens en France grâce à des bourses d’études offertes par le gouvernement contribua peu à peu à apporter aux Iraniens des éléments de modernisation. A cette époque, le pays adoptait des mesures en vue de son développement industriel et urbain.
L’art de la peinture iranienne a progressivement adopté quant à elle une tendance traditionnelle compte tenu de l’intérêt personnel de Rizā Shāh pour un retour aux traditions authentiques d’Iran.

Après l’exil de ce dernier et l’arrivée au pouvoir de Mohammad Rizā Shāh Pahlavi, et surtout la fondation de la faculté des beaux arts – la dernière de l’Université de Téhéran – une nouvelle tendance apparaît dans le domaine de la peinture. L’appel aux architectes et artistes français pour enseigner dans la faculté et la familiarisation des étudiants avec l’art occidental ont préparé le terrain pour leur envoi à l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts. Dans les années 20 de l’hégire solaire, des expositions ont été organisées dans des associations irano-américaines, irano-russes et irano-françaises. Vers la fin de cette décennie, à savoir en 1328 / 1949, la première galerie appelée Galerie Apadana a débuté son activité à Téhéran. Au début des années 30 de l’hégire solaire, et en réalité depuis le coup d’Etat de 28 mordad 1332 /19 août 1953, Shāh a donné du terrain aux artistes et peintres ayant adopté la tendance moderniste afin de calmer l’atmosphère tendue créée par le coup d’état. Une manière aussi d’entraver le développement des images de sensibilité réaliste sociale et, en plus, de présenter l’Iran au sein des communautés internationales comme un pays en voie de développement dans tous les domaines. C’est ainsi que la première biennale de peinture et de sculpture a eu lieu au Palais d’Abyaz au mois de farvardin 1337 /avril 1958. Après le mariage du Shāh avec Farah Diba, cette dernière étant diplômée en France en architecture et familière avec l’art occidental, la portée et la popularité du modernisme dans la peinture a trouvé également un nouvel élan. Farah devenue reine, les relations irano-françaises ainsi que de nombreux échanges artistiques et culturels ont repris, bien que l’acceptation des réalisations modernistes en peinture a été parfois retardée considérablement par le roi lui-même et les interlocuteurs concernés par ce domaine. Alors que les développements émergents dans la littérature, qui ont commencé avant la peinture par des pionniers tels que Nima Yushij et Sadegh Hedayat, ont été reconnus et compris dans une certaine mesure au cours des décennies. En organisant cinq biennales de peinture à Téhéran jusqu’en 1345 / 1966, en présentant de nombreuses œuvres lors d’expositions individuelles et collectives dans les années 40 et 50 (solaires), et en faisant découvrir les œuvres de peintres iraniens dans des assemblées internationales, des conditions d’échanges artistiques et culturels, sous forme de séminaires, ont été réunies entre l’Iran et l’Occident. L’un de ces séminaires conjoints comportait une exposition intitulée « La Perspective de l’Art Contemporain français », tenue en novembre 1971. Cette exposition a été organisée à l’occasion de la date anniversaire des deux mille cinq cents ans de la fondation de l’Empire perse. Lors de cet événement, des œuvres de peintres français ont été exposées sous la bannière des activités culturelles étrangères sur le site du Musée de la Perse antique. L’événement était organisé par le Ministère des Affaires Etrangères français et l’Association Française pour les Activités Artistiques, en collaboration avec la Direction Générale des Relations Culturelles (Ministère de la Culture et des Arts). Le comité d’honneur de ce programme comprenait les personnes suivantes :
M. Maurice Schumann, ministre français des Affaires étrangères
M. Jacques Duhamel, ministre français de la Culture
M. François Charles-Roux, ambassadeur de France en Iran
M. Abbas Ali Khalatbarry, ministre iranien des affaires étrangères
M. Mehrdad Pahlbad, ministre iranien de la Culture et des Arts
Le Major-Général Hassan Pakravan, ambassadeur du Shahanshah Aryamehr , à Paris
De même, M. Jacques Lancey était le Commissaire aux Expositions d’Art, et le directeur général du Nouveau Musée d’Art de Paris, et Changiz Shahvagh était l’organisateur de l’exposition. Celle-ci avait pour objectif de présenter des peintres parfois considérés comme les leaders de grands mouvements artistiques de la première moitié du XXe siècle, ainsi que des figures suivant la tradition de peinture de ce dernier et ayant laissé derrière elles des œuvres perpétuelles. Comme l’écrit Jacques Lancey dans l’introduction du catalogue: « Ces peintres sont en fait les descendants des grands maîtres qui étaient présentés lors de l’exposition précédente du Musée National d’Art Moderne à Paris. » L’exposition de ces œuvres s’est effectuée avec le soutien du « Musée d’Art Moderne » et des plus célèbres galeries parisiennes, et avec la contribution des artistes eux-mêmes en mettant leurs œuvres à la disposition du public. Lancey déclare également que le but d’une telle présentation était le suivant : « A notre avis, en regardant ces œuvres, la nouvelle évolution de la peinture moderne durant les éprouvantes années d’avant-guerre sera dévoilée. Années qui, avec leurs convulsions et avant l’embrasement massif du monde, ont été témoins d’enquêtes vastes et profondes. Au cours de ces années, nous assistons à l’épuisement des règles dogmatiques de recherches individuelles et à la désintégration rapide de groupes qui ne sont pas allés plus loin. Pendant cette période aussi, de jeunes artistes se sentaient maudits et exilés d’un monde qui était pris, jusqu’à la gorge, dans des crises économiques et politiques, avec un destin aveugle et sans objectif aucun. Cependant, seuls ces jeunes artistes ont manifesté une réaction et su distinguer des valeurs authentiques. Ils ont deviné les ruptures et les différenciations avec une sorte de sentiment prémonitoire et, avant que la ruine ne se produise, ils ont semblé entreprendre d’y remédier avec une nouvelle vision du monde. Ils se sont rebellés contre les empressements vers la servitude, les concessions et les errances. En plus d’un certain culte de la pureté, ils ont exprimé leur volonté de traduire ce qu’ils vivaient intérieurement ».
Ce qui s’était produit dans l’art américain de la première moitié du XXe siècle était totalement différent de ce qui se passait en Europe. Après la Seconde Guerre mondiale et l’établissement de la paix en Europe, l’attention des artistes européens a été attirée par Paris. En fait, après la guerre, il semblait que ce qui apparaissait comme de grands mouvements artistiques tels que le cubisme, le fauvisme et le surréalisme, et reflétait un accueil extasié, déclinait et que n’apparaissait plus aucune forme de créativité pour mettre à jour et donner à découvrir des œuvres picturales. « Le fait est que cette interruption causée par six années de guerre a conduit, contrairement aux attentes de nombreux observateurs, à l’installation de ce groupe d’artistes dans les esprits. Ceux-ci n’étaient plus considérés comme des artistes distraits et hors normes, mais en quelque sorte les représentants de la nouvelle civilisation pour laquelle les Alliés ont combattu. La condamnation de leur travail par les Nazis en tant qu’art dégénéré a rendu ces derniers plus célèbres et plus populaires. » (Lucy Smith, 2001: 63)
Les artistes dont les œuvres ont été présentées à l’exposition sont les suivants :
– BALTHUS
– JEAN BAZAINE
– ANDRE BEAUDIN
– ROGER BISSIERE
– FRANCISCO BORES
– ROGER CHASTEL
– JEAN DEYROLLE
– MAURICE ESTEVE
– HEAN FAUTRIER
– LEON GISCHIA
– MARCEL GROMAIRE
– FRANCIS GRUBER
– HANS HARTUNG
– JEAN HELION
– AUGUSTE HERBIN
– CHARLES LAPICQUE
– MANESSIER
– ANDRE MARCHAND
– ZORAN ANTONIO MUSIC
– NALLARD
– EDOVARD PIGNON
– SERGE POLIAKOFF
– MARIA PRASSINOS
– GERARD SCHNEIDER
– GUSTAVE SINGIER
– PIERRE SOULSGES
– PIERRE TAL COAT
– RAOUL UBAC
– VIERA DA SILVA
– ZAO WOU KI
Des noms énumérés ci-dessus, nous pouvons évaluer l’importance du catalogue et l’attention particulière que l’histoire de l’art occidental a porté sur leurs œuvres et réalisations. L’espace de l’art à cette période, avec un accent mis sur la peinture, a adopté une direction qui puisse internaliser le modernisme après plusieurs fluctuations. A cet effet, les œuvres des artistes européens éminents en Iran ont également eu un impact considérable sur le travail des peintres iraniens, ouvrant une nouvelle fenêtre sur l’ensemble des arts figuratifs d’Iran. La soif de la modernité, avec l’art contemporain du monde, et la familiarisation avec la perspective européenne de la peinture ont adopté un objectif pour pouvoir internationaliser la superstructure de la culture d’un Iran civilisé. Pour cette raison, afin de comprendre de telles réalisations, il était préférable de définir et de fournir des catalogues pour présenter efficacement les artistes les plus établis et éminents de l’histoire. « Immédiatement après la guerre, une attention particulière a été accordée aux figures distinguées de l’école de Paris. Dans ces conditions, la croissance et l’avancement en présence de grandes figures et d’artistes célèbres et exceptionnels paraissaient très difficile pour les jeunes artistes français. Néanmoins, sont apparus parmi eux des talents plus remarquables baptisés plus tard «génération intermédiaire». Les figures les plus importantes de cette génération étaient Jean Fautrier (1897-1964), Maurice Esteve (né en 1904), Edouard Pignon (1905-1993) et Jean Bazaine (1904-1975). Dans les conditions particulières de la France d’après guerre, on s’attendait de la part de ces personnes à des démarches contradictoires. D’un côté, ils auraient dû préserver la dynamique et l’énergie motrice de la révolution moderniste, et de l’autre, ils auraient dû cristalliser en eux-mêmes leur propre personnalité parisienne. En plus de ces deux paramètres, le respect des avis des critiques et des marchands d’art réunis à Paris les rendaient extrêmement liés à ces derniers. Ainsi leur rêve de célébrité et de succès se réalisait dans deux voies simultanées, parfois contradictoires, celles du «modernisme» et de «l’espace parisien».
Dans ces conditions, toutes les opportunités d’évolution et de prospérité qui leur étaient offertes ne les ont pas vraiment avantagés. Il ne serait donc pas juste d’attribuer le succès de leur travail artistique à l’environnement le plus riche du Paris de cette époque » (ibid., 81).
Les peintures présentées à l’exposition « La perspective de l’art contemporain français » comprenaient des styles tels que le cubisme et l’expressionnisme abstrait. La majeure partie des œuvres étaient empreintes d’une approche psychologique, issue des transformations massives qui ont marqué l’Europe d’après-guerre, ayant conduit l’artiste, au cours de ces événements, à affronter les contextes sociaux et politiques. Balthus est l’un de ces artistes les plus influents dont la caractéristique visuelle de ses œuvres est identifiable par sa tendance vers le naturalisme et l’évitement de l’improvisation. L’atmosphère des œuvres de Balthus, faisant appel à une présentation artificielle du calme, reflète l’anxiété, la suspicion et la peur précédant l’apparition d’un événement. Les personnages de ses toiles décrivent symboliquement une situation dans laquelle ils devraient faire un choix décisif malgré leur simplicité. Son œuvre présentée dans cette exposition intitulée « La Jeune Fille étudiant » date de 1957 ; elle a été empruntée aux galeries Hannert Goss. Parmi les peintres les plus importants de la génération intermédiaire, Fautrier est considéré comme faisant partie des représentants de l’art informel.
Profitant des qualités tangibles des matériaux mettant en relief des œuvres de peinture, il a présenté ses créations d’une manière expressive avec des thèmes tels que la bataille de l’homme contre les forces de l’oppression. Les deux œuvres exposées de Fautrier, intitulées « La Face Unique de Marcel Castel » en 1926 et « La Demoiselle » en 1927, affichaient, en tant que premières créations, un ton ironique et amer avec une conception figurative caractérisée par une déformation visuelle. Hans Hartung, qui a connu de nombreux succès vers le milieu des années 1950, a participé à l’exposition avec deux œuvres intitulées « La Composition » et « T. 14.56 ».
Ses œuvres comprennent des peintures auxquelles il s’est consacré après la guerre. Des calligrammes puissants qui annoncent l’explosion d’une sorte d’énergie. Les coups de pinceaux et les lignes dispersées de ces créations sont différents de ceux qui à l’origine étaient illustrés et facilement interprétables. Avec l’influence des réalisations audacieuses des artistes américains et surtout new-yorkais dans les peintures abstraites expressionnistes, nous assistons à des expériences plus diversifiées que celles peintres européens. Bien que le champ visuel que les peintres américains ont créé en utilisant des outils et des matériaux ait été plus audacieux et plus explicite par rapport à ce dont ont bénéficié leurs homologues européens, les effets d’une telle réalisation dans le travail des peintres européens ne pourraient être niés. « Les œuvres de Soulages évoquent un exemple plus doux et, bien entendu, moins engagé que les œuvres de Franz Kline. Mais ses larges coups de pinceau ne disposent pas – comme « La Composition » (1954) – de l’énergie, d la force et et de la qualité structurelle des œuvres d’artistes américains » (ibid., 92).
Ce qui a été présenté comme perspective de l’art français contemporain en Iran en 1350 / 1971 était le résultat des étapes importantes qui s’étaient épanouis après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme Jean Bazaine écrit à propos de ces artistes : « Ils ont tenté d’atteindre le fondement de l’œuvre en recourant à la violence, à la fureur et à la mélancolie, par une expression et une représentation qui reposaient sur le choix des couleurs et des formes primaires. » En fait, les compétences progressistes de ces peintres ne disposaient pas de la totalité de ce que recherchait l’art d’après-guerre, mais plutôt des expériences considérables influencées par des conséquences sociales et plutôt conservatrices afin de briser les obstacles esthétiques traditionnels de la peinture. Comme le souligne Jacques Lancey: « Ces artistes, réunis sous le nom de Jeunes adeptes des traditions françaises, se réunissaient pour la première fois à la Galerie Braun de Paris en 1941, et le nom qu’ils avaient donné à leur groupe impliquait qu’ils étaient pleinement conscients de la continuité de ces traditions. Après les fauvistes, ces artistes ont remis toute la force de la couleur en exploration dans une nouvelle atmosphère et, après les cubistes, ils ont tenté de créer des formes expressives fixes. Ceux-ci mettent les lignes essentielles plus en évidence pour atteindre l’aspect sublime des objets. Ils rendent la couleur plus épaisse, plus stable et plus durable, de sorte à compenser la richesse créée puis perdue de son éclat. La densité, la force, la puissance deviennent les particularités des œuvres d’Esteve, Gischia et Lapicque. »
Références
Lucy-Smith, Edward. 2001. Concepts et approches dans les derniers mouvements artistiques du XXe siècle. Traduit par Alireza Sami Azar. Téhéran, Institut de la recherche et de la culture. Edition Nazar.
Catalogue de l’Exposition sur la Perspective de l’Art Contemporain de la France. Teheran. Musée Nobonyad de l’ancienne Perse, novembre 1971 (Année de Cyrus le Grand).

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