skip to Main Content

Asal BAGHERI

Le cinéma iranien, prolifique à l’intérieur du pays et reconnu à l’extérieur, fait aujourd’hui partie des productions importantes de cette industrie à l’échelle mondiale. Présent dans les festivals de renom depuis les années 1960, il produit en moyenne 80 films par an depuis le milieu des années 1980. Pour sa trente-septième édition, organisée du 30 janvier au 11 février 2019, le festival de films de Fajr, à Téhéran, événement cinématographique incontournable en Iran, a dû choisir parmi les 130 longs métrages inscrits officiellement ceux qui allaient participer à la compétition.

Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, cet article a pour ambition de mettre au jour un historique de la distribution des films iraniens en France en traçant le chemin de ses passeurs et en mettant en lumière le réel accueil du public français vis-à-vis de ce cinéma, en s’appuyant sur quelques exemples, tout en essayant de comprendre les raisons de leur réussite ou de leur échec commercial.

Il va sans dire que c’est le travail d’Abbas Kiarostami, avec la Palme d’or qu’il a reçue à Cannes pour Le Goût de la cerise (Ta’m-e Gilâs) en 1997, qui a bouleversé le rapport des festivals importants avec le cinéma iranien. Mal aimé et peu connu dans son pays par le public, il y était jugé apolitique et trop « art et essai ». Néanmoins, son style minimaliste, navigant entre documentaire et fiction, employant la mise en abyme comme élément signifiant et travaillant avec des acteurs non professionnels, a donné naissance à un style qui lui était propre et a depuis fait école en Iran, quoique mal imité à maintes reprises par de jeunes cinéastes avides de se faire connaître à l’étranger. Quelques mois après sa Palme d’or, Le Goût de la cerise est distribué en France avec 43 copies, il comptabilise plus de 161 000 entrées[1]. Pour comprendre l’ampleur de son succès, il suffit de le comparer avec celui qui a obtenu, en ex aequo, la Palme d’or la même année. En effet, L’Anguille du réalisateur japonais Shohei Imamura, est sorti en France un mois avant Le Goût de la cerise par Films sans frontières et avec 82 copies (quasiment le double de celui de Kiarostami). Il comptabilise alors 238 710 entrées. En prenant en compte l’ancienneté et la renommée du réalisateur japonais qui obtenait la Palme d’or pour la seconde fois[2], ainsi que l’intérêt plus grand des cinéphiles français pour le cinéma japonais en général, on peut considérer que le film de Kiarostami est un film réussi en ce qui concerne sa distribution dans les salles de cinéma.

Mais le cinéma iranien est devenu connu auprès du grand public international avec Une séparation (Jodâyi-e Nâder az Simin), d’Asghar Farhadi, sorti en 2011 en France où il a été vu par plus d’un million de spectateurs, un record pour un film iranien dont le nombre d’entrées le plus élevé jusque-là était 300 000[3], et un chiffre important pour un long métrage étranger non anglophone[4]. Loin du style épuré et poétique de Kiarostami, Farhadi est aussi devenu un habitué des marches de Cannes. Après plusieurs succès à la Berlinale, Farhadi arrive enfin à Cannes en 2013 avec un film français. Le Passé (Gozashteh) remporte le Prix d’Interprétation féminine (pour Bérénice Béjot) ; il sort quasiment au même moment en France sur 300 copies, un investissement hors du commun pour un film réalisé par un Iranien, et comptabilise un peu moins d’un million d’entrées. Memento, distributeur et producteur du film, a ainsi triplé le nombre de copies par rapport à Une séparation[5]. En effet, le nombre de copies est un des baromètres qui indiquent le potentiel que le distributeur mais aussi les exploitants des salles de cinéma prédisent pour un film. Plus le nombre de copies est élevé, plus le budget du film est conséquent et plus l’attente est grande. Dans ce sens, même si les deux films rencontrent à peu près le même succès auprès du public, la différence de nombre de copies positionne Une séparation comme une réussite mais pas Le Passé. En mai 2016, Farhadi était à Cannes pour la deuxième fois avec Le Client (Forushandeh), présenté en compétition officielle. Le film a remporté le Prix du Scénario et celui d’Interprétation masculine (pour Shahab Hosseyni). À la différence de son prédécesseur, Farhadi est autant apprécié par le public iranien qu’étranger. Sorti en Iran le 31 août 2016, Le Client a battu des records en établissant une recette d’un peu moins de 20 milliards de rials lors de la première semaine, avec quelque 200 000 spectateurs[6] et avec 1 600 000 entrées au total, est devenu le film le plus vu dans les salles, l’année de sa sortie en Iran. Le film est sorti en France le 9 novembre de la même année avec 178 copies et a fait 272 285 entrées au total. Ce chiffre est conséquent en ce qui concerne un film iranien mais très loin du nombre d’entrées d’Une séparation. Farhadi marche sur le tapis rouge pour la troisième fois  avec son film suivant Everybody knows (Todos lo saben, Espagne, France, Italie, 2018) en ouverture du festival et également en compétition. Le film sort en même temps partout en France et avec plus de 400 copies, comptabilise plus de 800 000 entrées. Malgré la présence de deux grandes stars internationales, Penelope Cruz et Javier Bardem, le film n’atteint pas la barre du million de spectateurs franchie par Une séparation.

La rencontre cinématographique entre Farhadi et celui qui est devenu son bras droit, Alexandre Mallet Guy, le fondateur de la boîte de distribution Memento devenue par la suite également une boîte de production, se fait à Berlin lors de la Berlinale 2009. Mallet Guy venait tout juste de fêter les six ans de sa boîte quand il achète les droits d’exploitation du film À propos d’Elly (Darbâre-ye Elli, 2009), nommé dans 7 catégories et qui remporte l’Ours d’argent. Depuis, Mallet Guy sort tous les films du cinéaste et à la suite du succès phénoménal d’Une séparation, est également devenu le producteur de ses films suivants. Il est à souligner que le troisième film du réalisateur, celui qu’il avait tourné avant À propos d’Elly, à savoir La Fête du feu (Chahârshanbeh suri, 2006), distribué en 2007 par Les Films du Paradoxe en trois copies, avait comptabilisé un peu plus de 5 000 entrées. Mais une fois le succès d’Une séparation en place, Memento rachète les droits des films précédents du cinéaste et sort La Fête du feu avec 10 copies en juillet 2011, juste un mois après la sortie d’Une séparation. Le film fait venir, assez rapidement, environ 14 000 spectateurs dans les salles. Autant  d’entrées pour un film daté de 5 ans peut être considéré comme un succès. Mais avant, en septembre 2009, Memento sort pour la première fois un film de Farhadi, À propos d’Elly, et comptabilise avec 45 copies plus de 100 000 entrées. Ce chiffre est un succès pour Memento qui a pris le risque de sortir un film d’un cinéaste iranien inconnu (à ce moment-là) et très loin de l’image habituelle du cinéma iranien. Il présente le film, à commencer par l’affiche, en l’éloignant de la représentation courante du cinéma iranien et en misant plutôt sur les attraits dramatiques et haletants du genre du thriller. Il faut souligner que l’année 2009 est l’année où l’Iran a été au cœur de l’attention médiatique de l’étranger. En juin 2009, Mahmoud Ahmadinedjad est réélu président et une grande vague de contestation, connue sous le nom de Mouvement Vert, la plus grande et la plus importante depuis la révolution de 1979, suivie d’altercations violentes et sanglantes, ont envahi l’Iran. Quand Mallet Guy a acheté les droits du film en février 2009, il ne savait pas que quelques mois plus tard l’Iran allait occuper l’espace médiatique français et que les Français allaient être de plus en plus sensibles au destin des jeunes Iraniens. Le nombre d’entrées du film Les Chats persans (Kasi az gorbe-hâye irâni khabar nadareh, 2009) de Bahman Ghobadi, distribué en France par Mars Films en décembre 2009 avec 87 copies confirme le succès du cinéma iranien cette année-là. En effet, le film a été vu par plus de 200 000 spectateurs.

Au contraire de Farhadi, Ghobadi était déjà un nom connu pour les festivals internationaux et un des rares cinéastes iraniens distribués depuis le début des années 2000 en France. Néanmoins, la différence entre l’accueil du public pour ses précédentes œuvres et son nouveau film met au jour la particularité de l’année 2009. En effet, déjà en 2000, Ghobadi rencontre le succès avec son premier long métrage. Un temps pour l’ivresse des chevaux (Zamâni barâ-ye masti-ye asb-hâ, 2000) raconte de manière poétique le calvaire de la vie d’un orphelin kurde. Il remporte la Caméra d’or à Cannes en 2000 et aussitôt est distribué par MK2 Diffusion en France, et comptabilise finalement plus de 93 000 entrées : un succès unique pour le réalisateur jusqu’au film Les Chats persans.[7] Quelques mois plus tard, en janvier 2001, le Lion d’or de la Mostra de Venise, Le Cercle (Dâyereh, 2000) de Jafar Panahi, est diffusé par Sagittaire Films en France avec 45 copies et comptabilise pas loin de 180 000 entrées. Le film, qui retrace une journée de peur et d’angoisse dans la vie de six femmes évadées de prison dans un Téhéran effrayant, noir et gigantesque, bouscule les cinéphiles occidentaux qui avaient l’habitude de voir un Iran exotique, rural, poétique et mystique dessiné par Kiarostami. Mais le film qui a connu le succès le plus significatif cette année-là est le film Kandahar (Safar-e Ghandehâr, 2001), distribué par Bac Films. Les années 2000 sont les années où le monde regarde l’Afghanistan et la montée en force des Talibans. Peu de films ou quasiment pas de films sont faits dans ce territoire qui fait peur, et en même temps pitié, aux occidentaux. Le 11 septembre 2001, le monde entier regarde à la télévision, avec stupéfaction, l’effondrement des tours du Word Trade Center et apprend qu’en moins de deux heures les terroristes afghans ont tué plus de 2 000 personnes. À peine un mois plus tard, Bac Films sort un film de l’Iranien Mohsen Makhmalbaf centré sur la détresse des femmes afghanes, en racontant l’histoire d’une Afghane exilée au Canada qui retourne dans son pays pour sauver sa jeune sœur, qui menaçait de se suicider tant elle souffre de sa condition. Kandahar touche le public français. Ainsi, pas loin de 300 000 spectateurs sont allés voir le film. Celui-ci reste de loin le film le plus vu de Makhmalbaf en France[8]. Et, jusqu’au succès colossal d’Une séparation, c’est un des rares films iraniens qui a frôlé le chiffre de 300 000 spectateurs[9]. Il est à remarquer que, sur les quinze films de Kiarostami sortis en France, aucun n’a jamais atteint les 200 000 entrées, sauf Copie conforme (kopi barâbar-e asl, 2010), une production internationale (France, Belgique, Italie, Iran). Le film est distribué par MK2 Diffusion et cumule 264 841 entrées. La langue du film (français, anglais, italien) et la présence de la célèbre actrice française Juliette Binoche (Prix d’Interprétation féminine à Cannes) ont, sans aucun doute, facilité l’accueil du public français.

Cinq mois avant la sortie du film Copie conforme, en décembre 2009 à la veille de Noël, Mars Films présente Les Chats persans de Ghobadi comme un film interdit sur un sujet tabou au moment où l’Iran est montré du doigt en Occident, et vient réconforter l’image que le spectateur étranger attend de l’Iran, à savoir un pays avec une jeunesse vivante mais sous haute surveillance qui rêve de quitter l’Iran, à la poursuite de sa liberté. Le film retrace l’histoire vraie d’un groupe de musique qui organise ses concerts clandestinement dans des sous-sols, où par ailleurs on boit de l’alcool, on danse, on prend de la drogue et où on doit parfois fuir la police des mœurs et pour cela risquer sa vie. Ce film est quasiment le premier à mettre avant tout l’accent sur son aspect « interdit » et « non autorisé par la censure iranienne », un discours que beaucoup d’autres cinéastes iraniens ou distributeurs français, à tort ou à raison, ont adopté depuis, pour attirer l’attention du public.

Cette recette ne marche pas à tous les coups. Téhéran sans autorisation (Tehrân bedun-e mojavez, 2009) de Sepideh Farsi, une réalisatrice de la diaspora iranienne, distribué par Solaris Distribution, a à peine atteint les 3 000 entrées. La réalisatrice iranienne, qui habite en France depuis longtemps, décide d’aller en Iran et y réalise son troisième long métrage, un documentaire sur la vie à Téhéran en filmant avec son téléphone portable. Le film met au jour le regard subjectif d’une jeune femme cinéaste qui ne reconnaît plus vraiment la capitale iranienne. En 2015, Farsi signe un film d’amour politique, Red rose (Gol-e sorkh). Le film suit quelques jours intenses à Téhéran pendant les manifestations de 2009 et met en scène une histoire d’amour torride entre les deux protagonistes, en filmant d’une manière assez inédite pour le cinéma iranien leurs ébats amoureux. Le film n’est évidemment pas tourné en Iran. La réalisatrice a choisi la Grèce comme lieu du tournage et a utilisé en plus des images réelles des manifestations de 2009 que l’on peut trouver sur Internet. Red rose est diffusé par Urban Distribution en 2015 et comptabilise un peu plus de 7 000 entrées avec 15 copies.

En ce qui concerne les films non autorisés, Panahi en est devenu le maître depuis 2009, date où la justice iranienne lui a interdit de tourner en Iran. Depuis, il en a réalisé quatre sans autorisation, sélectionnés à chaque fois à Berlin ou à Cannes. Il est à remarquer que depuis 1995, année où il remporte la Caméra d’or à Cannes pour son premier long métrage, Le Ballon banc (Bâdkonak-e sefid), ses films ont connu un succès assez inégal auprès du public (entre 3 000 et 50 000), à l’exception du film Le Cercle (179 934 entrées). Mais les deux derniers films du cinéaste, tous deux achetés par Memento, rencontrent un joli succès, et notamment Taxi Téhéran (Tâxi, 2015), qui a obtenu l’Ours d’or du meilleur film à la Berlinale. Le film sort sur 140 copies et est vu par 600 553 spectateurs. Son dernier film en date, Trois visages (Se rokh, 2018) a remporté le Prix du Scénario à Cannes et avec 165 copies, a connu un succès plus restreint avec un peu plus de 200 000 spectateurs. Il semblerait que Memento mise sur une forme de fidélisation autant pour les cinéastes qu’il représente que pour le public qu’il souhaite attirer. Ainsi, l’affiche et le discours de présentation des deux films de Panahi ont la même grammaire : un road movie, un univers coloré, des personnages loufoques. Dans le cas de Farhadi, c’est l’univers dé-saturé, des personnages séparés, des regards inquiets et une forme de dynamisme qui sont mis en avant pour souligner le côté haletant et inquiétant du thriller. Ce qui est commun dans ces affiches, que soient celles des films de Farhadi ou celles des films de Panahi, c’est que le côté local, national en est assez absent. Les clichés habituels représentant l’Iran avec des phrases d’accroches stéréotypées, s’appuyant sur la nationalité, les interdictions et les rapports de genre (homme/femme) dans une société patriarcale, ont cédé place à une mise en avant du genre cinématographique.

En prenant en compte les entrées des films de Farhadi et de Panahi (ceux distribués par Memento), il semblerait que Memento soit le distributeur qui arrive le mieux à « vendre » le cinéma iranien aux Français. Cette hypothèse est confirmée si on compare les trois films iraniens sélectionnés à la section Un Certain Regard de Cannes entre 2015 et 2017, à savoir Nahid d’Ida Panahandeh (Nâhid, 2015, Prix spécial du jury, Memento), Un vent de liberté de Behnam Behzadi (Vârunegi, 2016, Diaphana Distribution) et Un homme intègre de Mohammad Rasoulof (Lerd, 2017, Grand Prix d’Un Certain Regard, ARP Sélection). En prenant en compte le nombre de copies, on constate que celui qui a le mieux marché est Nahid : avec 54 copies, le film a dépassé la barre des 100 000 spectateurs. Nahid, premier film d’une jeune réalisatrice iranienne, suit les difficultés de la seconde histoire d’amour d’une femme divorcée, dans le nord de l’Iran. Un homme intègre, avec 62 copies, comptabilise 120 670 entrées. Même si ce chiffre est conséquent, la notoriété que le cinéaste a gagnée à cause de ses problèmes politiques en Iran, le sujet très politisé du film tout comme son prix à Cannes laissaient prévoir un succès plus grand. Un vent de liberté, avec 38 copies, sort en début d’été 2017 – un moment assez risqué pour les sorties de films – et ne comptabilise que 26 201 entrées. Le film de Behzadi raconte l’histoire de l’émancipation d’une jeune femme de la classe moyenne téhéranaise. Il faut souligner que l’année où ARP Sélection accompagne le film de Rasoulof à Cannes, elle y présente[10] également un autre film iranien mais celui-ci vient de la diaspora. ARP sort, 2 mois avant Un homme intègre avec 58 copies, le film d’animation Téhéran tabou[11] (Tehrân tâbu, Ali Souzandeh, Allemagne, Autriche, 2017)[12] en ne concentrant le discours que sur le côté tabou et interdit du film et attire un peu plus de 57 000 spectateurs. En ce qui concerne les films d’animation, 10 ans auparavant, un autre film de la diaspora met en lumière d’une manière inédite le nom de l’Iran. Le film français Persepolis (2007) de l’iranienne Marjane Satrapi et de Vincent Paronnaud, est distribué en 199 copies et attire dans les salles environ 1 800 000 spectateurs. Ce film autobiographique met en scène l’Histoire de l’Iran à travers le récit de la vie de la réalisatrice -petite fille au moment de la révolution de 1979, adolescente pendant la guerre et adulte pendant l’exil- et donne une vision de l’Iran jusque-là inédite pour les étrangers. Persepolis détient jusqu’à aujourd’hui (2019) le record d’audience (dans les salles françaises) d’un film à propos de l’Iran. Il va sans dire que le succès du film est aussi dû à la langue du film (français), à sa forme (animation), à la renommée déjà acquise par la bande dessinée éponyme que Satrapi avait déjà publiée entre 2000 et 2003, ainsi qu’aux noms des acteurs et actrices célèbres telles que Catherine Deneuve et Chiara Masrtoianni qui ont prêté leur voix aux personnages. Même le film hollywoodien Argo (Ben Affleck, Etats-Unis, 2012), racontant l’histoire vraie de la prise d’otage de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, n’a pas pu dépasser le succès de Persepolis. En effet, Argo, distribué par Warner Bros en 343 copies, comptabilise environ 1 400 000 entrées.

 Lorsque l’on parle du cinéma iranien, il ne faut pas perdre de vue le genre documentaire, même-si distribuer des documentaires locaux ou internationaux partout dans le monde est une tâche difficile. Néanmoins, certaines exceptions existent. Un documentaire iranien qui a connu un grand succès auprès du public français est le film No land’s song (Ayat Najafi, 2014). Le film coproduit par l’Iran, la France et l’Allemagne est sorti en mars 2016, par Jour2fête, en 44 copies et comptabilise pas loin de 60 000 entrées, un très bon chiffre pour un documentaire étranger non anglophone. Le film suit le voyage d’un groupe de musique français qui va faire un concert avec un groupe iranien en Iran et met l’accent sur l’interdiction du chant en solo pour les femmes en Iran. A peine quelques mois après cette sortie, Septième Factory sort en 35 copies un autre documentaire iranien qui concerne aussi le chant des femmes et dépense environ 90 000 euros pour sortir Sonita (Sonitâ, Rokhsareh Ghaem Maghami, Allemand, Iran, Suisse, 2015) qui se focalise sur les calvaires d’une jeune rappeuse afghane en Iran.[13] Le film attire plus de 25 000 spectateurs dans les salles, un joli chiffre, encore une fois pour un documentaire étranger persanophone. On remarque alors que la majorité des documentaires iraniens projetés en France sont des coproductions internationales. C’est aussi le cas du film Iranien (Irâni, Mehran Tamdon, Suisse, France, 2014) distribué par Zed en 16 copies. Ce film de la diaspora iranienne qui met en scène un dialogue de sourds entre un athée (Tamadon lui-même) et des religieux (musulmans) conservateurs obtient le Gand Prix du Festival du Cinéma du Réel et comptabilise plus de 13 000 entrées. Dans une moindre mesure, on peut citer également le documentaire de Mitra Farahani, Fifi hurle de joie (Fifi az khoshhâli zuzeh mikeshad, Etats-Unis, France, Iran, 2013), qui témoigne des deux derniers mois de la vie de Bahman Mohassess, légende de l’art moderne iranien. Ce film de la diaspora iranienne obtient le Prix international de la Scam du Festival du Cinéma du Réel et est distribué par Urban Distribution. Le film avec 2 copies comptabilise plus de 1000 entrées. On remarque par les sujets et chiffres d’entrées de ces documentaires iraniens distribués en France une mise en avant de la primauté des sujets polémiques liés aux interdictions et à la religion en Iran. Comme mentionné auparavant, parmi le peu de documentaires iraniens projetés en France, rare sont ceux qui sont produits exclusivement en Iran. Les sorties de ces derniers restent extrêmement confidentielles. Tel est le cas des deux films de Mehrdad Oskuie vendus par Nasrine Médard de Chardon, fondatrice et directrice de DreamLab Films[14], un des plus célèbres vendeurs internationaux[15] de films iraniens, aux Films de Whippet. Ainsi, Les Derniers jours de l’hiver (2011) et Des rêves sans étoiles (2016), deux films sur deux centres de détention et de réhabilitation pour mineurs (Garçons et filles), ne comptabilisent chacun qu’environ 600 entrées. Afin de comprendre le succès du film de No land’s song, on peut le comparer avec quelques autres documentaires étrangers non anglophones. A titres d’exemples, deux documentaires arabophones de ces dix dernières années ont fait parler d’eux par leur style et leur originalité, tous deux des drames sur la guerre. Le film 5 Caméras brisées, sur le conflit israélo-palestinien (Emad Burnat et Guy Davidi, Palestine, Israël, France, 2011), sorti en 6 copies par Zeugma Films a fait environ 7 000 entrées, et le film Homeland : Irak année zéro (Abbas Fahdel, Irak, 2015), en deux parties[16], sur la vie d’une famille avant et après la chute de Saddam Hussein, a fait environ 22 500 entrées (Pour la première partie) et plus de 15 500 entrées (pour la seconde partie).[17]

À regarder de plus près la distribution des longs métrages iraniens en France, il semblerait qu’à part les films de Sepideh Farsi, qui habite en France depuis longtemps, la plupart des films de cinéastes iraniens sont dénichés par les distributeurs à l’occasion des grands festivals. C’est d’ailleurs ce que Nasrin Médard de Chardon souligne : « Un film pour être vendu a besoin de tremplin. Alors, si je dois vendre un film iranien à un distributeur français, le film doit passer par des festivals. À part des grands noms du cinéma iranien connus dans le monde, les autres doivent d’abord passer par des festivals importants. Et même parfois, ce n’est pas suffisant. J’avais un film à [la Mostra de] Venise mais aucun distributeur français ne l’a acheté. »[18]

Après ce constat, j’ai décidé d’aller rencontrer celui qui est connu pour avoir été le « passeur » du cinéma iranien en France quand les films étaient encore sur bobine et qu’internet n’existait pas. En effet, dans les années 1980, au moment où les médias étrangers montraient une image terne et violente d’un pays en guerre et en voix de radicalisation religieuse, un jeune homme amoureux du cinéma a commencé à tisser des liens entre l’Iran et la France. Mamad Haghighat[19] est venu en France en 1977, essentiellement pour visionner des films à la cinémathèque de Paris pendant un mois, mais depuis a fait de Paris sa ville de résidence permanente et de cinéma, son pays de cœur. Il est celui qui a fait le lien entre les premiers films post-révolutionnaires projetés en France et le public. C’est le cas du film La Recherche1 (Jostoju 1, 1980)[20] d’Amir Naderi, présenté au Festival des 3 Continents de Nantes, événement cinématographique incontournable de l’époque.  La compagnie de distribution des Films du Marais achète les droits du film. Le film sort alors d’une manière assez confidentielle. Haghighat a aussi facilité le contact pour l’achat du film Le Coureur (Davandeh, Amir Naderi, 1985)[21] par Cinéma Public Films après la Montgolfière d’or que le film a reçue au Festival des 3 Continents de Nantes. Le film n’a pu sortir que dans une seule salle à Paris, l’Utopia-Champollion où Haghighat travaillait, et a comptabilisé plus de 8 000 entrées. En prenant en compte la situation et l’époque de la sortie du film, on peut considérer ce chiffre comme important. Entre 1983 et 2000, Haghighat organise quasiment tout seul et sans budget le tout premier festival de cinéma iranien à Paris. Pendant dix-sept éditions, il montre une autre image de l’Iran, en choisissant les films qu’il aime, et en évitant tout message idéologique, propagandiste ou misérabiliste. Haghighat raconte comment contre vents et marées il a tenu bon pendant dix-sept ans :

« Les films étaient soit sans sous-titres soit avec sous-titres anglais. Je me tenais à côté de l’écran et je traduisais les propos du film, autant que je pouvais, en même temps. J’avais des amis dans la presse que j’invitais personnellement. On était censé avoir une semaine de projections mais le succès était grand et je gardais les films parfois pendant plus de trois semaines. On avait aussi beaucoup de problèmes. De tous les bords politiques, on était attaqué. Les moudjahiddines [du peuple iranien], les royalistes, les gens de l’ambassade d’Iran, etc. »[22]

Ce festival, à son échelle, a aidé à la visibilité du cinéma iranien en ce qui concerne les distributeurs. C’est apparemment de cette façon que Les Grands Films Classiques a acheté Où est la maison de mon ami ? (Khâneh-ye dust kojâst ?, Abbas Kiarostami, 1987)[23] en 1990[24]. Le film a comptabilisé à sa sortie 10 000 entrées. En 1992 et jusqu’au début des années 2000, Haghighat devient officiellement le représentant du Festival de Cannes pour le cinéma iranien.

À peu près au même moment, en 1993, un jeune iranien francophone débarque à Paris pour étudier la réalisation cinématographique à la prestigieuse école de La Fémis. Nader Takmil Homayoun[25] était déjà, en Iran, un critique et un traducteur très actif. Les années 1990 sont celles de la gloire du cinéma iranien dans les festivals mondiaux et Takmil Homayoun, comme Haghighat, accompagne les cinéastes et sous-titre leurs œuvres. Au début des années 2000, quand Haghighat ferme les portes de son festival, Takmil Homayoun décide de montrer une nouvelle image du cinéma iranien en organisant au Forum des images[26] un programme de courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes iraniens. Par un concours de circonstances, la Mairie de Paris s’apprête à organiser une grande exposition de photographies iraniennes au même moment. Ainsi, Takmil Hamayoun combine les deux événements à la demande de la Mairie et obtient un budget conséquent qui aboutira, en ce qui concerne la partie cinéma, à inviter 25 jeunes cinéastes iraniens à Paris – dont la carrière de la plupart d’entre eux est aujourd’hui confirmée[27] – et à montrer leurs films sous-titrés. La réussite de ce projet incite Le Forum des images à proposer à Takmil Homayoun de faire le portrait de Téhéran lors d’un festival de films, ce qu’il fait avec succès. Ainsi, Takmil Homayoun commence à tisser des liens avec les organismes étatiques iraniens en charge du cinéma en Iran et organise, cette fois-ci à Téhéran, une rétrospective de documentaires français où sont montrés plus de 150 films de grands cinéastes français. Takmil Homayoun, dont le but est avant tout de réaliser des films, tourne enfin en 2005 son premier documentaire : Iran, une révolution cinématographique (Iran, yek enghelâb-e cinamâ-yi, 2006)[28]. Ce documentaire se distingue par la présence de réalisateurs célèbres ainsi que les images d’archives inédites que le réalisateur a pu obtenir grâce aux liens qu’il a consolidés pendant plusieurs années avec les cinéastes et les organismes étatiques iraniens. En 2012, Takmil Homayoun crée sa propre association, « Cinéma(s) d’Iran »[29], à la suite de demandes de certains jeunes franco-iraniens. Il voit là une opportunité de proposer au public cinéphile français un cinéma iranien absent des écrans parisiens. Ainsi, depuis sept ans,  le ciné-club propose un film par mois[30] accompagné d’un débat avec un spécialiste et, une fois par an, un festival thématique a lieu pendant une semaine au cinéma Le Nouvel Odéon[31], où sont montrés à chaque fois une trentaine de films, classiques ou nouveaux, en général inédits ou très peu vus en France. En ce qui concerne le succès de son festival ainsi que celui du cinéma iranien, Takmil Homayoun reste lucide:

« Puisque je suis réalisateur moi-même, je sais que le cinéma iranien a un potentiel limité. Celui-ci ne peut pas dépasser le cadre d’un festival comme le nôtre. La salle du Nouvel Odéon contient 120 places. Pendant une dizaine de jours, nous proposons 5 séances par jour. C’est quasi-impossible de remplir à ce rythme une salle de 300 places. Le cinéma iranien a un potentiel culturel et non pas commercial. La nature de ce cinéma-là est ainsi. Comparons avec le cinéma japonais. Celui-ci a également un intérêt culturel mais le nombre des cinéphiles intéressés par le cinéma japonais est beaucoup plus grand. Le cinéma iranien a ses limites. À Paris, il y a plus de 24 films par semaine qui sortent. Il y a beaucoup de festivals. En prenant tout cela en compte, on peut dire que notre festival est réussi. Nous arrivons à inviter plus d’une dizaine de réalisateurs à chaque fois. Nous sous-titrons quasiment tous les films. Mais, en général, je voudrais dire que le cinéma iranien se répète un peu et puis, en France, commercialiser les films, globalement, devient de plus en plus compliqué. Les distributeurs ont de plus en plus du mal à survivre financièrement. Bien sûr, tout le monde rêve de distribuer un film qui connaisse le destin extraordinaire d’Une séparation d’Asghar Farhadi. Mais il faut quand même dire les choses telles qu’elles sont ; à part les films avec un poids très politique, montrés dans des festivals comme Cannes, dont les réalisateurs utilisent d’autres critères que ceux qui sont artistiques pour faire de la publicité, les autres films iraniens vont être de plus en plus rares à l’écran car ils font peu d’entrées. Ceux-ci vont continuer à exister dans les festivals, mais pour rentrer dans le circuit commercial c’est tout autre chose. »[32]

 Sur le choix des films du festival, Nahâl Khaknegar[33], secrétaire générale de l’association, s’explique :

« On a plusieurs volets. On a un volet thématique, et on choisit une liste des classiques dans cette thématique. Ensuite, pour choisir dans la liste nous avons trois critères : la qualité de la copie du film, la disponibilité des ayants droits et le montant. Pour les nouveaux films, on écrit d’abord aux vendeurs internationaux des films iraniens et on leur demande la liste de leurs nouveaux films. Il faut que le film soit de l’année et qu’il ait déjà fait le tour des festivals compétitifs. Car nous sommes un festival non-compétitif et les festivals de catégorie « A » demandent que le film ne soit pas montré ailleurs. Une fois qu’ils nous ont envoyé les films, nous avons un comité de sélection assez mixte (étudiants, femmes au foyer, traducteurs-trices iraniens, français, etc.). On leur demande de visionner tous les films avec des sous-titres anglais et de nous dire, d’une manière anonyme, s’ils ont aimé le film (en les notant), la raison de leur note et l’intérêt du film pour un public français. Car notre public est avant tout un public français. Si les notes sont assez convaincantes, il est sélectionné, mais si sur la base de ces notes je n’arrive pas à me décider, je demande à Nader [Takmil Homayoun, le président de l’association] de visionner le film et ensuite tous les deux, toujours en fonction de l’intérêt et aussi selon le goût du public français, on décide. Mais il faut aussi que le vendeur ou le distributeur ne nous demande pas un prix trop élevé pour les droits. »[34]

En ce qui concerne les films du ciné-club, le choix vient surtout du budget disponible. Takmil Homayoun et Khaknegar choisissent des films qu’ils aiment mais le critère le plus important est le coût. Car l’association ne dispose d’aucun budget pour le ciné-club. Alors les films déjà sous-titrés sont souvent prioritaires. Sinon, l’association doit négocier avec le vendeur en troquant par exemple une séance contre la version sous-titrée en français qu’elle offrira ensuite au vendeur.

Khaknegar souligne qu’un des succès du ciné-club et du festival tient à la présence et au débat avec les spécialistes, mais aussi avec les réalisateurs ou les stars du film. Elle considère cela comme une valeur ajoutée : « Les Iraniens viennent revoir les films car ils savent qu’un réalisateur célèbre ou une star de cinéma est là. Les Français viennent plutôt pour découvrir les films, mais ils sont d’autant plus motivés quand ils savent que celui qui a réalisé le film ou un spécialiste qui a une vision plus approfondie sera là. »[35] L’association met un point d’honneur à inviter de jeunes cinéastes indépendants à Paris et à leur offrir un séjour grâce à leur film. Une autre valeur ajoutée du festival réside dans les sous-titres français. Mais sous-titrer des films a un coût assez élevé, même si le festival arrive à travailler avec des traducteurs qui font le travail par intérêt pour le cinéma iranien et non pour gagner de l’argent. Le festival arrive à obtenir des financements, entre autres, de la Mairie de Paris et de la région Île de France. Khaknegar regrette le manque de budget en ce qui concerne la communication autour du festival et pense que pour plus de visibilité, le festival devrait réduire le nombre d’invités pour dépenser davantage en matière de communication.

La communication, c’est justement un des enjeux majeurs de la distribution. Saida Kasmi – qui avait déjà distribué Sonita, quand elle travaillait avec Septième Factory – aujourd’hui fondatrice et directrice d’une toute jeune boîte de distribution, Bluebird Distribution (BBD), m’a confié, lors d’une discussion[36], que chaque distributeur dépense à la hauteur de la taille de son entreprise et que c’est en prenant en compte le budget dépensé qu’il faut mesurer la réussite d’un film. Quand BBD sort, le 30 mai 2018, Les Rives du destin (Esterâhat-e motlagh, Abdolreza Kahani, 2015), film tourné quatre ans plus tôt par un cinéaste déjà reconnu en Iran[37] mais complètement méconnu à l’étranger et notamment en France – et qui n’a quasiment eu aucun prix en dehors de festivals nationaux – elle prend un risque que peu de distributeurs sont capables de prendre. Le film sort dans trois salles parisiennes et quelques salles en provinces. Kasmi dépense plus de 30 000 euros pour la sortie, un budget qui prend notamment en compte la création du DCP et le sous-titrage, la conception d’une bande annonce et d’une affiche, la tournée (en France) du réalisateur, une attachée de presse et quelques partenariats[38]. Bien évidemment, avec un tel budget, aucun distributeur ne peut se permettre de dépenser pour des publicités visibles dans les métros ou dans la ville. Les critiques ne sont pas très enthousiastes et le public n’est pas tout à fait au rendez-vous : environs 3 000 personnes voient le film[39]. J’ai demandé à Kasmi quelles étaient ses attentes au moment de la sortie du film : « Je visais la barre des 10 000 entrées. Mais je vais rentrer dans mes frais et faire plutôt des bénéfices avec des ventes VOD, DVD et télévision. Quand on est distributeur, il faut être patient. L’amortissement d’un film dure trois ans »[40]. Kasmi gère une petite entreprise mais elle est ambitieuse. Elle compte tout faire pour pouvoir vendre son film à la chaîne Arte[41] : « Les Rives du destin a un vrai sujet qui est la condition de la femme et des gens pauvres. Arte aime les petits films pour des soirées thématiques, et en plus il y a une très bonne comédienne. Ça sera 10 000 euros au lieu de 40 000 mais c’est faisable. »[42] On remarque alors que les petits distributeurs doivent quasiment faire du porte à porte pour amener les spectateurs dans les salles. Nous ne sommes pas loin de la méthode de Haghighat dans les années 1980, quand il faisait tout lui-même, sans budget, pour remplir les salles de son festival. C’est le travail d’artisanat versus le travail industriel. Pour donner un ordre de prix, Memento a dépensé plus de 500 000 euros pour la sortie d’Une séparation.

Un budget trop petit peut, parfois, nuire au potentiel d’un film. C’était le cas de Mainline (Khun bâzi, 2006) de la plus importante réalisatrice iranienne, Rakhshan Bani Etemad. Son film est acheté par Noblesse Oblige Distribution en 2006 mais le distributeur rencontre des problèmes financiers et sort le film cinq ans plus tard, en 2011, sur 5 copies. Le film comptabilise moins de 3 000 entrées. Il faut souligner que le même distributeur, l’année avant l’achat du film Mainline, avait déjà acheté et distribué un film daté de 5 ans de la même réalisatrice. En effet, Sebastien Monceau, le fondateur de cette boîte de distribution, a commercialisé Sous la peau de la ville (Zir-e pust-e shahr, 2001) en 2005 avec 3 000 entrées. Cela montre bien le potentiel gâché du film Mainline, qui même avec un sujet difficile comme le voyage d’une fille droguée avec sa mère pour se désintoxiquer, aurait pu rencontrer un public plus large si le distributeur l’avait sorti à temps et avec un peu plus de moyens.[43]

L’année qui vient de passer (2018) est une des années les plus riches en ce qui concerne la sortie de films iraniens en France, tant au niveau de leur nombre qu’au niveau de leur variété. À côté de noms célèbres comme Farhadi (Everybody knows) et Panahi (Trois visages), plusieurs films de cinéastes méconnus en France sortent la même année. Comme mentionné auparavant, BBD sort Les Rives du destin de Kahani. Damned Distribution sort en une seule copie, de la manière la plus confidentielle possible, la troisième fiction d’un jeune cinéaste prometteur, Shahram Mokri, présent à la section Panorama du Festival de Berlin 2018. Invasion (Hojum, 2017), qui est projeté au MK2 Beaubourg en octobre 2018, fait 620 entrées. Le film est en un seul plan-séquence, il donne la priorité à la forme plutôt qu’au fond et peut être considéré comme un film compliqué à distribuer. Quelques mois plus tôt, en février 2018, le même distributeur sort un autre film iranien, dans un genre complètement différent. Cas de conscience (Bedun-e târikh, bedun-e emzâ, 2017), un thriller social, est  le second film de Vahid Jalilvand. Il a obtenu le Prix du Meilleur Réalisateur et du Meilleur Acteur (pour Navid Mohammad Zadeh) dans la section Orizzonti de la 74ème Mostra de Venise. Moins de 12 000 spectateurs ont vu le film (sorti en 18 copies). Ce chiffre est une déception pour un film dont le genre et l’histoire haletante auraient pu attirer plus de monde dans les salles, si peut être plus de moyens comme par exemple l’accompagnement du film par son réalisateur et son acteur principal  avaient été mis en palce. La fin de l’année 2018 était aussi riche que ses débuts en ce qui concerne le cinéma iranien. Epicentre Films sort le 5 décembre le dernier film iranien de l’année, Pig (Khuk, 2018) de Mani Haghighi. Habitué de la Berlinale, Haghighi y était également présent avec son dernier film. C’est là que Corentin Sénéchal, le bras droit du directeur d’Epicentre (Daniel Chabannes) a eu « un coup de foudre »[44] pour ce film loufoque, gore, haut en couleurs et qui bouscule toutes les idées reçues sur l’Iran et le cinéma iranien. Le film sort en 30 copies, n’a pas de publicité apparente dans la ville et, malgré de bonnes critiques, ne rencontre pas son public (Moins de 8 000 entrées)[45]. Une semaine avant la sortie de Pig, le 28 novembre 2018, Sophie Dulac Distribution sort La Permission (Aragh-e sard, Soheil Beyraghi, 2018), second film d’un jeune cinéaste méconnu des festivals et du public étranger. J’ai demandé à Michel Zanna, qui accompagne depuis longtemps la fondatrice de la boîte (Sophie Dulac), comment il a pu dénicher un film iranien inconnu à l’étranger :

« Concernant La Permission, j’ai découvert le film avec un premier rough cut[46] par l’intermédiaire de Katayoun Shahabi[47], que je connais depuis longtemps et qui est la vendeuse internationale du film. Elle me montre chaque année des films iraniens. Suite au visionnage de ce rough cut, je suis allé à Téhéran, j’ai rencontré le réalisateur, la comédienne principale[48] et j’ai revu le film finalisé. J’ai décidé à ce moment-là de le distribuer. C’était vers mars 2018. Le film est sorti en novembre. »[49] Sur les raisons de ce choix, il évoque le fait qu’il ne sort que les films qu’il aime, et qu’il a aimé La Permission.[50] En effet, ce film est tiré d’une histoire vraie et restitue le combat d’une héroïne seule contre tous, à savoir contre la société patriarcale iranienne. Afruz est une jeune sportive (capitaine de l’équipe nationale de futsal) qui doit se battre contre son ex-mari jaloux qui n’accepte pas le divorce et qui ne lui donne pas la permission de sortir du pays pour jouer la finale de futsal à la Coupe d’Asie des nations.

Katayoun Shahabi[51], un des noms importants en ce qui concerne la vente des films iraniens à l’étranger, celle qui a vendu La Permission à Zanna, souligne : «  Pour moi, quand je décide de vendre un film iranien en France, je pense avant tout à une écriture cinématographique qui accompagne un vrai sujet. En France, on est baigné dans la culture. Il faut que le film apporte une authenticité.»[52]

Quand Zanna a acheté le film de Beyraghi, il connaissait déjà le cinéma iranien. En effet, il avait déjà distribué deux films de l’Irano-Britannique Rafi Pitts. Concernant sa rencontre avec le cinéma de Pitts, il déclare :

« Concernant le film de Rafi Pitts The Hunter (Shekârtchi ,2010), j’ai découvert le film en compétition à Berlin. Il était vendu par Match Factory et je l’ai acheté suite à sa projection pendant le festival. Je connaissais les films précédents de Rafi par ailleurs. Pour son dernier film, Soy Nero (2016), je suis rentré sur le film, sur scénario avant le tournage. J’ai accompagné la productrice française Rita Dagher. »[53]

Le premier, un film tourné en Iran comptabilise 13 350 entrées en France (avec 11 copies). Le second, une production internationale (France, Allemagne, Mexique), racontant l’histoire d’un jeune mexicain expulsé des États-Unis, comptabilise plus de 30 000 entrées (avec 30 copies). Spécialiste des films engagés, Zanna est assez optimiste sur le succès commercial et la rentabilité du film La Permission :

« En ce qui concerne les dépenses, il y a les frais (100 000 euros) mais également le minimum garanti[54] qui rentre en jeu. De mémoire, il était à 25 000 euros pour ce film. Le film a fait, en salle, plus de 30 000 entrées, sur 39 salles en démarrage, ce qui est bien, même si j’aurais aimé atteindre 40/50 000 entrées. Grâce à cette sortie, je dois pouvoir le vendre à une chaîne câblée (c’est en cours). J’ai déjà transmis les droits vidéo et VOD à Blaq out Univerciné contre une avance de 10 000 euros. En fait, on se récupère sur la salle mais aussi sur les droits vidéo et télévisuels. Sur La Permission, je pense arriver à l’équilibre avec une vente à la télévision (câble). »[55]

On constate alors que les distributeurs français ont deux manières pour visionner des films iraniens, soit ils découvrent le film lors d’un festival, soit quelqu’un de confiance, en l’occurrence un vendeur international, leur propose le film. C’est pour cette raison qu’on remarque que des films au box-office du cinéma iranien ainsi que les coups de cœur des critiques iraniens brillent par leur absence dans la liste des films iraniens sortis en France. En effet, le film qui a connu un succès phénoménal en Iran lors de sa sortie en 2018 est Centipède (Hezârpâ, Abolhassan Davoudi), une comédie avec de grosses ficelles dont l’histoire se déroule dans les années 1980 à Téhéran et qui a comptabilisé 4 000 000 d’entrées, ce qui fait de ce dernier, le film le plus vu dans les salles iraniennes depuis la révolution. Loin derrière, plusieurs films ont franchi la barre d’un million de spectateurs et notamment les grosses comédies suivantes : Loi de Murphy (Ghânun-e morfi,  Rambod Djavan), Texas (Texâs, Masoud Atyabi) et Confisquation (Mosâdereh, Mehran Ahmadi). Dans cette liste, on trouve aussi deux films idéologiques : Damascus time (Be vaght-e shâm, Ebrahim Hatamikia)[56] et Loterie (Lâtâri, Mohammad Hossein Mahdavian)[57].Cette liste met en lumière l’intérêt des Iraniens, ceux qui vont au cinéma, pour des films avec des éléments qui font appel à une mémoire collective et nationale et qui viennent conforter un sentiment de nationalisme, de supériorité et de fierté d’être Iranien, sans se soucier de la médiocrité de la forme cinématographique. Ainsi, il parait évident que ce cinéma n’a aucune place en d’hors des frontières de l’Iran. C’est pour cette raison que j’ai décidé de demander aux critiques iraniens leurs films préférés de l’année[58] : Mamad Haghighat a eu un coup de cœur pour le drame As I lay dying[59] (Hamchenân ke mimordam) de Mostafa Sayari tandis que Parviz Jahed et Nozhat Badi désignent le drame Enflammé[60] (Sho’le-var) de Hamid Nematollah ; Hossein Moazzezinia a préféré Reza[61] (Rezâ) d’Alireza Motamedi ;  Houshang Golmakani donne une liste de cinq films dont NO 17, Soheila[62] (Shomâre-ye 17, Soheilâ) de Mahmoud Ghafari, Sheeple[63] (Maghzhâ-ye kutchak-e zangzadeh) de Houman Seyedi, le film de guerre  Le Cèdre sous l’eau[64] (Sarv-e zir-e âb) de Mohammad Ali Bashe Ahangar, le thriller Le Carrefour Istanbul[65] (Chahârrâh-e Estanbul) de Mostafa Kiayi et enfin Pig[66] de Mani Haghighi. Les votes de plus d’une quarantaine de critiques du mensuel iranien Film désignent également en 1er lieu le film de genre Shepple, en deuxième lieu le film de guerre The lost strait (Tange-ye Abughorayb, Bahram Tavakoli) et en troisième position le drame Enflammé[67]. On peut dès lors souligner qu’il y a autant d’avis que de critiques, et que leurs avis ne correspondent pas non plus au goût du public iranien. Ce constat met en lumière un cinéma iranien florissant qui amène à une grande diversité de choix. Néanmoins, il semble que dans la longue liste des productions iraniennes de chaque année, le choix des distributeurs français demeure restreint par un accès limité aux œuvres.[68] On ne peut pas les en blâmer. Le nombre de demandes françaises et étrangères que chaque distributeur reçoit est colossal. Matériellement et économiquement, il est évident qu’un filtrage des demandes s’impose. Le métier de la distribution, en France comme dans beaucoup d’autres pays, est un métier de risque et de stress. On ne peut pas compter sur une tendance spontanée du public pour aller voir un film iranien. Il faut certes susciter son intérêt, l’interpeller, mais le plus important est de le fidéliser.

Néanmoins, je suis persuadée que plusieurs films dignes d’intérêt passent à la trappe dans ce processus. Alors, il faudrait que les liens du cinéma iranien avec les distributeurs français soient plus forts et éclectiques. Je me souviens d’un réalisateur iranien, dont je ne dévoile pas le nom par respect, qui sillonnait littéralement les rues de Paris et faisait du porte à porte pour faire connaître ses films aux distributeurs, qui n’ont jamais donné suite à ses demandes. Pour que ces portes s’ouvrent davantage, il faudrait inévitablement plus de liens et plus de passeurs. Pour que les distributeurs soient en capacité de prendre des risques, il faudrait que le spectateur français amateur de cinéma iranien tente de sortir de sa zone de confort en détectant une certaine « idéologie dominante » – pour reprendre les termes de Roland Barthes – mais latente qui lui est imposé, à son insu, par un regard issu d’un passé colonisateur, et demande à voir d’autres images que celles d’une société en souffrance permanente. Cet article n’a pas vocation à être accusateur. Son but reste une mise en lumière des enjeux de la distribution des films iraniens en France. Il essaie de tracer un schéma des choix des distributeurs et du public, tout en mettant au jour le potentiel bien exploité ou gâché du cinéma iranien.

[1]. La source pour tous les chiffres d’entrées en France ainsi que pour le nombre des copies de films est le site CBO Box-office, qui est la référence des professionnels du cinéma (www.cboboxoffice.fr).

[2]. Il a obtenu sa première Palme d’or, en 1983 pour La Balade de Narayama.

[3]. Ces films et leurs chiffres sont indiqués dans la suite de l’article.

[4]. A titre d’exemple, le film libanais qui a fait parler de lui partout dans le monde en 2018, Capharnaüm de Nadine Labaki (Prix du jury de Festival de Cannes), distribué par Gaumont avec 158 copies, a fait moins de 400 000 entrées.

[5]. 105 copies.

[6]. En Iran, le prix du ticket du cinéma augmente tous les ans. Au moment de la sortie du Client (2016) le ticket du cinéma coûte 100 000 rials. Il peut être un peu moins cher dans certaines salles non rénovées du pays. Les mardis, la séance est à moitié prix dans tous les cinémas.

[7]. En ce qui concerne les films suivants de Ghobadi, ils sont toujours présents dans les festivals de renom, ils sortent tous en France mais d’une manière beaucoup plus restreintes que son premier succès. Les Chants du pays de ma mère (Âvâz-hâye sarzamin-e mâdari-am, 2003) sorti par Colfilms Distribution en 2003, a fait un peu plus de 8 000 entrées. Les Tortues volent aussi (Lâkposht-hâ ham parvâz mikonand, 2004), distribué par Bac Films en février 2005, a comptabilisé à peu près 18 000 spectateurs. Half moon ( Nive-ye mâng, 2006), distribué par CTV International a cumulé moins de 5 000 entrées.

[8]. En effet, entre 1995 et 2015, neuf films de Mohsen Makhmalbaf sont distribués en France. Le nombre des entrées reste très disparate (entre 554 et 51 638).

[9]. Taxi Téhéran (Tâxi, 2015, Jafar Panahi) distribué par Memento a fait plus de 600 000 entrées en 2015. Mais cela arrive après le succès d’Une séparation. Jusqu’en 2011, c’est Kandahar qui détient le record.

[10]. Dans la section la Semaine de la Critique.

[11]. Le film raconte, d’une manière assez exagérée, le calvaire de plusieurs femmes à Téhéran, une ville où le sexe et la drogue côtoient les règles religieuses.

[12]. Le film est une coproduction allemande et autrichienne mais la langue du film est le persan.

[13]. Saida Kasmi, qui travaillait à cette époque-là pour Septième Factory, achète le film au festival FIFDH de Genève.

[14]. Fondée en 2000 à Paris.

[15]. Jusqu’à il y a peu de temps, ce marché était exclusivement entre les mains de quatre vendeurs internationaux : DreamLab Films, fondée et dirigée par Nasrine Médard de Chardon, Nouri Pictures fondée et dirigée par Katayoun Shahabi, Iranian Independents fondée et dirigée par Mohammad Atebayi et Celluloid Dreams fondée et dirigée par Hengameh Panahi. Mais aujourd’hui, plusieurs jeunes essaient de revitaliser ce marché.

[16]. Le nom complet des 2 parties : Homeland : Irak année zéro, partie 1, Avant la chute et Homeland : Irak année zéro, partie 2, Après la bataille. Le film est distribué par Nour Films, le 1er en 15 copies et le second en 6 copies.

[17]. Pour donner ici une vue d’ensemble, nous citons ci-dessous quelques exemples de films documentaires français ayant obtenu du succès au moment de leur sortie. Un des documentaires les plus vus ces dernières années dans les salles françaises est Océans (Jacques Cluzaud et Jacques Perrin, 2010) avec environ 3 000 000 d’entrées (Pathé Films, 542 copies). Ce chiffre est remarquable en ce qui concerne la sortie d’un film documentaire. En regardant de plus près les nombres d’entrées de ces films, on remarque que ce sont plutôt des films de grande production avec de grands moyens techniques et qui ont pour sujet l’écologie, la planète ou la vie animale qui arrivent à remplir les salles de cinéma. Un autre documentaire qui a suscité l’intérêt du grand public est le film Être et avoir (Nicolas Philibert, 2002). Ce film, qui retrace la vie d’une classe de primaire dans un petit village de France a créé la surprise en comptabilisant environ 2 000 000 spectateurs (Les Films du Losange, 122 copies). Un autre film qui met aussi l’accent sur l’éducation des enfants est le documentaire Sur le chemin de l’école (Pascal Plisson, 2012) qui narre les histoires parallèles de quatre enfants des quatre coins du monde pour lesquels aller à l’école est un véritable périple. Ce film a été vu en salle par plus de 1 500 000 spectateurs (Walt Disney Studios Motion Pictures France, 169 copies). Il semble que le spectateur du cinéma documentaire en France a globalement deux attentes : soit il va voir un film sur des problèmes de société dont on parle fréquemment (comme l’éducation des enfants), soit il y va pour se distraire avec des images extraordinaires, pour s’évader de son quotidien. Il faut souligner le fait que le succès de ces deux genres de documentaires est également dû au fait qu’ils sont dits « grand public », car ils attirent d’un côté les familles et de l’autre un public engagé. Dans une moindre mesure, on peut de la même manière citer le film Merci Patron (François Ruffin, 2016), un film engagé mais de bonne humeur sur ce sujet sensible qu’est la délocalisation, pouvant se décliner pour le travailleur en perte de l’emploi et perte de son toit. Le film a réalisé plus de 500 000 entrées (Jour2fête, 37 copies).

[18]. Entretien avec l’auteure en persan le 9 avril 2019.

[19]. Mamad Haghighat est né à Ispahan en 1952. Il est critique de cinéma et écrit occasionnellement pour des revues et journaux iraniens et français. Il est l’auteur de l’ouvrage Histoire du cinéma iranien 1900-1999, Paris, BPI Centre Georges Pompidou, 1999. Il a aussi réalisé un long métrage iranien, Deux anges (Do fereshteh, 2003).

[20]. Ce film a pour sujet la recherche déchirante de familles pour retrouver les corps de martyrs de la révolution islamique, et notamment de ceux tués dans le terrible massacre du 8 septembre 1978, place Jaleh à Téhéran.

[21]. C’est l’histoire d’Amiro, un enfant orphelin et démuni de la ville d’Abadan dans le sud d’Iran, qui contre vents et marrais tient bon.

[22]. Entretien avec l’auteure en persan le 29 octobre 2018.

[23]. L’histoire d’un jeune garçon qui parcourt à pied plusieurs kilomètres pour rendre à un ami son cahier d’école.

[24]. Le film est présenté hors compétition en novembre 1988 au Festival des 3 Continents de Nantes. En août 1989, il est en compétition au Festival de Locarno. Il y reçoit cinq prix dont le Léopard de bronze. Haghighat précise que le montant du minimum garanti du film était de 5 000 dollars. Ce qui veut dire que le distributeur a payé ce montant au départ pour acquérir les droits du film.

[25]. Nader Takmil Homayoun est né à Paris en 1968 dans une famille intellectuelle iranienne. Il repart en Iran et y fait des études de lettres. Il a écrit dans plusieurs revues et journaux iraniens en tant que critique et a traduit plusieurs ouvrages dans le domaine du cinéma avant de s’installer à Paris en 1993.

[26]. Forum des images, sous l’égide de la Mairie de Paris est un lieu culturel important dédié au cinéma, de tous les genres et de toutes les nationalités.

[27]. On peut citer entre autres Masoud Bakhshi dont le long métrage Une famille respectable (Yek khânevadeh-ye mohtaram, 2012) est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes en 2012.

[28]. Takmil Homayoun réalise son deuxième long métrage en 2009, Téhéran (Tehrun) sous forme de fiction. Par la suite, il tourne deux téléfilms, sous forme de comédie, pour la chaine Arte :  Les Pieds dans le tapis (khânevâde-ye âghây-e Farshchi, 2015) et Noces d’Or (Ezdevâj-e talâyi, 2019).

[29]. Pour connaître les programmes à venir de l’association, on peut consulter leur site : http://www.cinemasdiran.fr/

[30]. Sauf l’été.

[31]. Martin Bidou, un des directeurs du cinéma Nouvel Odéon, est un ami de longue date de Takmil Homayoun. C’est sur la base de cette amitié qu’il a accepté la première année d’héberger le ciné-club et le festival. La réussite du projet a fait perdurer leur collaboration.

[32]. Entretien avec l’auteure en persan le 6 avril 2019.

[33]. Nahâl Khaknegar est née à Téhéran en 1981. Elle vit à Paris depuis 2006. Elle est enseignante de FLE à l’Université de Cergy Pontoise. Elle était bénévole à la deuxième édition du festival et depuis est devenue la secrétaire générale de l’association.

[34]. Entretien en persan avec l’auteure, le 20 Octobre 2018.

[35]. Ibid.

[36]. J’accompagne BBD dans l’achat et la sortie de films persanophones et j’ai, de ce fait, eu plusieurs discussions autour du métier de distributeur avec Saida Kasmi.

[37]. Abdolreza Kahani a aujourd’hui dix longs métrages à son actif.

[38]. Au moment de la sortie du film, le réalisateur habitait déjà à Paris, alors la tournée a coûté moins cher que celle d’un film dont le réalisateur habite en Iran.

[39]. C’est le chiffre annoncé par CBO Boxe-Office mais la distributrice me précise que le film a fait plus de 4 000 entrées au total.

[40]. Entretien avec l’auteure le 5 avril 2019.

[41]. C’est la chaîne (franco-allemande) la plus culturelle et la plus prestigieuse en France.

[42]. Entretien avec l’auteure le 5 avril 2019.

[43]. Sébastien Monceau fait la rencontre des films de Bani Etemad, par l’intermédiaire d’un ami commun, un Français iranophile, Alain Brunet.

[44]. Il m’a confié cela lors d’une conversation en automne 2018, quand nous étions en train de préparer la venue et l’accompagnement du réalisateur pour la sortie du film.

[45]. Un autre film de Mani Haghighi a été également distribué en 2017 en France par Happiness Distribution (une boîte qui a fait faillite depuis). Valley of stars (Ejdehâ vâred mishavad, 2017) est un road movie coloré qui puise dans une sémiologie historique, géographique et littéraire, et dans ce sens on peut le considérer comme un film difficile d’accès pour le public. Le film n’a pas atteint les 3 000 spectateurs.

[46]. La première version (incomplète) d’un film, après le premier montage.

[47]. Noori Pictures.

[48]. Baran Kosari, une des stars du cinéma iranien.

[49]. Entretien avec l’auteure, le 7 avril 2019.

[50]. Il m’a confié cela lors d’une conversation, en novembre 2018, quand j’accompagnais l’équipe du film pendant sa sortie.

[51]. Elle est la fondatrice et directrice de Noori Pictures, fondée en 2012 à Paris. Mais avant, depuis 2001, elle avait fondé Sheherazad Media International à Téhéran.

[52]. Entretien avec l’auteure en persan le 9 avril 2019.

[53]. Entretien avec l’auteure, le 7 avril 2019.

[54]. C’est la somme payée à l’ayant (les ayants) droit du film quand on souhaite acquérir les droits d’exploitation d’un film. C’est une avance sur recettes à venir. Si le film ne marche pas, les ayants droits ne la remboursent pas. Si le film marche, le distributeur ne reverse pas d’argent aux ayants droits jusqu’à atteindre la somme du minimum garanti. Au-delà de la somme, on commence à verser le pourcentage mentionné dans le contrat. La durée de l’acquisition des droits, la somme du minimum garanti et la zone de distribution varient selon les contrats. À titre d’exemple, BBD a acheté les droits du film Les Rives du destin de Kahani sans payer de minimum garanti, mais il y a un partage de recette défini (s’il y a bénéfices).

[55]. Entretien avec l’auteure, Le 7 avril 2019.

[56]. Un père et son fils, deux pilotes, tentent de sauver des civils assiégés et attaqués par les forces de l’État Islamique dans l’est de la Syrie.

[57]. Deux jeunes amoureux ont un rêve commun : gagner à la loterie pour partir vivre aux États-Unis.  Mais la fille se rend plutôt à Dubaï afin de travailler pour un ami de son père et elle est prise au piège par des proxénètes.

[58]. J’ai posé la question suivante à plusieurs critiques iraniens en avril 2019 : « Citez votre coup de cœur en ce qui concerne le cinéma iranien de l’année 2018 ».

[59]. Le film raconte l’histoire d’une famille disparate qui va se réunir lors d’un voyage dans le sud de l’Iran pour honorer la demande de leur père.

[60]. Le film suit l’histoire d’un homme qui pense qu’il n’a rien réussi dans la vie.

[61]. Le film raconte la séparation d’un couple.

[62]. Soheila est une femme célibataire de 40 ans. Le désespoir la guette. Elle va alors multiplier les moyens pour trouver un homme le plus tôt possible.

[63]. Le film dépeint le carcan des délaissés pour comptes entre pauvreté et le fléau de la drogue.

[64]. Le film raconte l’histoire des martyres anonymes des minorités religieuses.

[65]. Le film est l’histoire d’une jeunesse qui souhaite s’émanciper.

[66]. C’est une comédie qui critique avant tout, le milieu du cinéma iranien, ainsi que la société iranienne qui est absorbée par les réseaux sociaux.

[67]. « Bargozidegân-e cinamâ-ye Iran dar sal-e 97, be entekhâb-e montaghedân va nevisandegân-e mâhnâme-ye Film, [Les meilleurs du cinéma iranien de l’année 1397 (21 mars 2018-20 mars 2019), Le choix des critiques et des auteurs du mensuel Film] », Mensuel Film, n° spécial, 28ème n° annuel, Esfand 1397 (Février 2019), pp. 6-16.

[68]. Parmi tous ces films, deux films sont pour l’instant distribués en France : Pig (Epicentre, décembre 2018) et Reza (Notre Distribution, sortie prévue pour juillet 2019).

Back To Top
Close search
Rechercher