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Mirza Habib Esfahani

Mohammad Javad KAMALI

Traduit par Raza AFCHAR NADERI

Mirza Habib Esahani[1] est né vers l’année 1835 dans le village de Ben, situé dans la province de Tchahar Mahal. Il se familiarisa, au cours de son enfance, avec les bases des sciences religieuses et voyagea dès sa prime jeunesse à Téhéran où il fit des études durant quatre ans. Il se rendit ensuite à Bagdad où il se consacra à l’étude de la littérature, de la théologie et des principes et des bases de la langue arabe. Après son retour à Téhéran (en 1866) il fut poursuivi au motif d’avoir rédigé un livret sur la religion et contre le chancelier de l’époque Mohammad Khan Sepahsalar. On l’accusa d’athéisme, de matérialisme et d’irréligiosité. A cela s’ajoutait l’accusation de réunion avec des intellectuels de son époque, en particulier avec Mirza Malkom Khan et Nazem ol-Dowleh. Il fut accusé également de connivence avec les milieux francs-maçons. Aussi, la même année, il s’enfuit de l’Iran et, pour avoir la vie sauve, choisit de s’installer à Istanbul.

La ville d’Istanbul, durant cette période, comptait parmi les cités musulmanes les plus actives pour ce qui est d’intégrer la civilisation européenne et ses principes sociaux et figurait parmi les plus importants centres de regroupement des intellectuels iraniens, mécontents et réfractaires face à leur gouvernement. C’était également un lieu de publication de différentes revues. Mirza Habib[2] se mit à fréquenter les milieux progressistes, ce qui lui permit de se familiariser de plus en plus avec les langues turque et française et avec la culture et la civilisation occidentale. En marge de son activité alimentaire dédiée au Ministère des sciences ottomanes, à l’enseignement dans l’Ecole normal des Iraniens et dans d’autres institutions, il consacra les trente années d’existence qui lui restèrent à vivre dans cette cité à la compilation et à la traduction d’œuvres précieuses. Au seuil de la soixantaine, il fut atteint d’une grave maladie et il dut se rendre aux thermes de Bursa mais il ne fut pas guéri et il fut enterré sur les lieux mêmes. L’année de sa mort est estimée entre les années 1894 et 1898.

Mirza Habib est la première personne à avoir employé le vocable “grammaire” (“dastour”)  comme titre d’un ouvrage consacré aux règles de la langue persane. L’intitulé sera “Grammaire de la langue” (1872)[3]. Les règles concernées seront, grâce  à lui, libérées du cercle de l’imitation des règles de la morphologie et de la syntaxe arabes. Hormis un recueil de ghazals (poèmes lyriques) et de satires signés sous le pseudonyme de Dastan, quelques recueils de poésie revus par ses soins et divers ouvrages touchant des sujets variés en persan, il fut célèbre, pour l’essentiel, auprès du public contemporain, en raison de trois traduction magistrales. Ces traductions sont écrites dans un style à la fois hors norme et plaisant tout en incluant, en fonction de chaque theme, des poèmes de sa composition et d’autres poètes ainsi que des versets et des dictons et proverbes adaptés. Ces traductions concernent en premier Le Misanthrope de Molière (trad. 1869), qui selon plusieurs sources serait la première traduction d’une œuvre théâtrale en Iran. Vient ensuite Hadji Baba d’Ispahan de James Morier (trad. 1894) dont le texte de référence sera la traduction française d’Auguste Jean-Baptiste Defauconpret. La troisème traduction portera sur l’Histoire de Gil Blas de Santillane d’Alain-René Lesage  (trad. 1904)[4]. Sa méthode de traduction de ces œuvres en persan fut celle de l’adaptation et il leur donna une telle coloration persane que le lecteur persanophone pourrait très bien imaginer que ces écrits sont le résultat d’une écriture directe et non d’une traduction. Bien que ces travaux ne relèvent pas du “mot à mot”, il n’en reste pas moins fidèle à l’esprit de l’œuvre d’origine. Ces traductions, qui témoignent de la maîtrise avérée de Mirza Habib de la langue française et de son talent en matière de “libre traduction”, sont remarquables non seulement à cause de leur caractère innovant en matière de style et d’adaptation et d’influence moderniste issue de l’évolution de la nouvelle prose persane mais également en raison de son regard critique sur la confusion du contexte social et politique des époques ghadjar et ottomane.

[1]. Cet article est un extrait de l’ouvrage suivant :

Mohammad Javad Kamali, Histoire de la traduction littéraire du persan en français (Des origines à l’année 1978), Mashhad, Editions Sokhan Gostar & Assistance de recherche et méthodologie de l’Université libre islamique de Mashhad, 2013, pp. 40 – 52.

[2]. Iraj Afshar, “Mirza Habib Esfahani”, revue Yaghma, treizième année, N° 10, 1950, pp. 491 – 497.

[3]. Jalal ol-Din Homai, “Grammaire de la langue persane”, in Dictionnaire d’Ali Akbar Dehkhoda,Téhéran 1998.

[4]. Un autre exemplaire de la traduction de Gil Bas de Santillane a été trouvé à Kerman qui serait apparemment un reliquat de la bibliothèque de Mirza Agha Khan Kermani. Homa Nategh, selon Mohammad Ebrahim Bastani Parizi aurait affirmé que la présence, dans cette traduction, de certaines expressions spécifiques à Kermani, conforte l’hypothèse que, dans ce projet, Mirza Agha Khan Kermani aurait collaboré avec Mirza Habib, non seulement pour la transcription mais également pour la traduction proprement dite (Cf. Homa Nategh, “Haji Morier et l’histoire coloniale”, Livre de l’Alphabet, N° 4,Téhéran 1974, p. 33 sq.)

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