skip to Main Content

Reza Afchar Naderi

La réédition, durant les derniers mois de l’année 2017, du dictionnaire persan français du célèbre iranologue Gilbert Lazard est un événement littéraire en soi pour tous ceux concernés, de pré ou de loin, par la langue et la littérature persanes. Nous avons eu la primeur de cette publication.

Le livre, bien que comportant une pagination plutôt conséquente est d’un maniement aisé. La couverture est souple et le format apparenté à celui des livres de poches bien que dépassant quelque peu leur taille habituelle. La quatrième de couverture annonce « 24 000 entrées et 40 000 expressions en caractères arabo-persans avec leur translittération en écriture latine ». On apprécie le terme « arabo-persan » quand on n’ignore pas que certains caractères de l’alphabet iranien actuel tirent leur origine de la période préislamique.
La réalisation d’un tel dictionnaire est une performance à la mesure de Gilbert Lazard, linguiste émérite – aidé dans sa tâche par M. Mehdi Ghavam-Nejad – qui donne, dans les pages de l’introduction, quelques clés de sa démarche. Ainsi le choix – ou non – d’entrées selon la configuration de certains nom composés :
« Les séquences formées de deux termes coordonnés (avec ou sans la conjonction « o ») sont mentionnées dans l’article relatif à l’un des deux termes si tous les deux existent indépendamment de la séquence copulative, mais, si l’un des deux au minimum n’a aucune existence autonome, la séquence forme une entrée du dictionnaire. On trouvera donc kour-o-katchal* « gueux, misérable » sous katchal « teigneux » ; kot-o-chalvâr « complet, costume » sous kot « veste » ; mais pak-o-pouz « mine, figure » a un article car pouz « museau » existe mais non pak. »

Les Iraniens comme les persanophones découvriront ainsi nombre de subtilités apportant quantité d’éclairages sur la langue de Saadi et de Hafez. L’auteur, dans l’élaboration de son ouvrage, s’est fondé notamment sur les dictionnaires persan-anglais de Haïm, confrontés avec d’autres dictionnaires bilingues, persan-russe de Rubincik, persan-français de Moallem, etc. Les dictionnaires unilingues ont également contribué à cette réalisation, principalement celui de Moïn.

Victime de son succès, le dictionnaire de Gilbert Lazard a fait l’objet de nombre de contrefaçons en Iran et peut-être dans d’autres pays persanophones. On aura donc à cœur de se procurer uniquement le livre publié par l’éditeur attitré dont les bureaux sont installés dans le 14e arrondissement parisien.

Performance de chercheur et d’homme de lettres, cet ouvrage réalise avec rigueur et clarté le rapprochement de deux langues situées aux antipodes. En effet, d’une part, le persan, langue éminemment poétique, autorise toutes formes de souplesses d’interprétations. Ce qui a permis au recueil des poèmes de Hafez de Chiraz de traverser les siècles sans encourir aucune forme d’autodafé, ses lecteurs ayant le choix d’interpréter tel ou tel ghazal (poème lyrique) sous l’angle de la mystique ou de l’athéisme. D’autre part, le français, « langue diplomatique », consacre pour chaque nuance à exprimer un vocable bien défini de sorte que le doute ou l’interprétation erronée ne soient pas permis. La « résolution des contraires », tel est bien le pari relevé par l’auteur de cet opus unique destiné aussi bien aux traducteurs, étudiants, universitaires ou à toute personne francophone en contact avec la langue persane.

* Nous avons appliqué notre propre transcription phonétique.

Gilbert Lazard, avec l’assistance de Mehdi Ghavam-Nejad. Dictionnaire persan français. Ed. La Maison du dictionnaire. 4e trimestre 2017. 482 pages.

Légende des photos :
Le dictionnaire original de Gilbert Lazard (avec couverture imagée) et une contrefaçon réalisée en Iran.

Back To Top
Close search
Rechercher