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Par Amir Esmaili,
Traduit par Alireza Sabeti

La vitesse et l’accélération sont deux caractéristiques de l’ère moderne qui ont joué un rôle positif dans les échanges et le transfert des informations contribuant ainsi à nous faciliter la vie. Néanmoins elles ne sont pas allées sans impacts négatifs sur le processus de la pensée philosophique, ayant peut-être suscité chez certaines personnes l’illusion ou l’attente de trouver rapidement des réponses convaincantes aux questions compliquées et difficiles touchant l’existence et la Création.
En effet, les maximes philosophiques conviennent plutôt au goût des gens de réflexion ou à celui de ceux ne disposant pas d’assez de temps pour l’étude. En laissant vagabonder leurs pensées parmi ces maximes, ils peuvent trouver une ouverture et une occasion de s’adonner à la méditation et de diriger leurs pensées non plus sur les banalités quotidiennes de la vie mais sur les concepts rationnels. Aujourd’hui, dans l’immense océan des données et des informations, une belle parole concise, à l’instar d’une perle dans sa coquille, mérite d’être appréciée et apprise par cœur.

La perle est un globe brillant de couleur blanche qui se forme dans certaines coquilles et est généralement utilisée en joaillerie. Quand la coquille s’ouvre, elle fait apparaitre la perle qu’elle renferme. De la même façon le sage, se mettant à s’exprimer, prononce des paroles précieuses et magnifiques aussi valables que des perles.

صدف وار گوهرشناسان راز
فروان سخن باشد آگنده گوش
نصیحت نگیرد مگر در خموش

A l’instar des coquilles, les sages initiés aux secrets,
N’ouvrent la bouche que pour offrir des perles
Ceux qui parlent trop écoutent moins
Le conseil n’aura d’effet que sur celui qui sait se taire
On a dit et écrit beaucoup pour désapprouver la périphrase, ses inconvénients et les préjudices qu’elle entraîne. La périphrase cause souvent la confusion et l’ennui chez l’interlocuteur. Les énoncés éthiques formulés par les savants mettent toujours l’accent sur l’importance de la concision et de l’opportunité de la parole. Tout comme Saâdi qui recommande à son interlocuteur :

کم گوی و گزیده گوی چون دُر

Parle peu et dis des mots précieux comme la perle
Pour que tes courtes paroles remplissent le monde

Esthétiquement parlant, les expressions courtes et sages (les maximes) n’ont pas une grande splendeur, mais sémantiquement parlant elles ont un sens profond. Parfois, une courte phrase peut être plus significative et plus profonde que des centaines de livres. Plus un individu est doté de profondeur de pensée, plus ses idées se reflètent de manière concrète dans sa diction.
Lors d’une conversation, la prise en considération des limites de la parole ainsi que du niveau de compréhension de l’interlocuteur est en effet l’un des signes de la conscience de l’orateur, ce qui explique pourquoi nombreux sont d’avis que l’examen des propos des Hommes est l’unique facteur qui permette d’évaluer le niveau et la capacité de leur pensée. Depuis longtemps les savants accordent une importance particulière aux maximes formulées par les grands sages.
Peut-être la principale raison en est-elle le fait qu’on peut les lire et les garder en mémoire sans grande difficulté. Mais ce qui nous invite à réfléchir, c’est le fait que certains philosophes ont spécifiquement choisi une structure courte et concise pour s’exprimer et communiquer leur pensée aux autres. Dans le domaine de la religion et de l’éthique, où la foi a toujours la priorité sur l’argumentation et l’explication, le recours à une expression simple et courte pourrait conduire les gens ordinaires à accepter facilement les principes et les enseignements religieux et leur laisser plus de temps pour prier et accomplir leurs devoirs religieux.
De même, sur le plan moral, marqué par la recommandation du bien et l’interdiction du mal, une structure aphoristique comme celle des maximes est plus adéquate. En philosophie, les phrases courtes dotées d’un sens profond constituent, pour les gens de la pensée, une clé à l’aide de laquelle ils arrivent à présenter les fondements de leurs idées et expliquer ainsi les résultats préliminaires du débat. Mais dans le cadre du mysticisme, l’usage d’un tel style d’expression est le plus souvent tout à fait conscient et délibéré, avec pour objectif de ne pas révéler les secrets et les aspects inconnus du mysticisme qui, d’ailleurs, ne sont perceptibles que pour les mystiques et dont une mauvaise interprétation pourrait égarer les gens.
Parmi les œuvres religieuses rédigées ou collectées dans ce domaine on peut citer Ghurar al-Hikam wa Durar al-Kalim (Aphorismes exaltés et Perles de discours) qui comprend des maximes et des courtes citations du vénéré imam Ali (béni soit-il) collectées par Abolfath Amudi, mais aussi Nahj al-Fesaha (Aphorismes du prophète de l’islam Mohammad) où sont collectées, à l’initiative du défunt Abolghassem Payandeh, les maximes et les sentences du prophète de l’islam en matière d’éthique et des vertus morales.
De même, en philosophie, on peut mentionner les extraits des propos de Sohrawardi colletés par son disciple Shamsoddine al-Shahrazuri dans le livre Nuzhat al arwâḥ wa rawḍat al-afrâḥ (Promenade des Esprits et Jardin des Délices), également connu sous le titre Fi tarikh al-ḥukama’ wa-l-falasifa (Sur l’histoire des sages et des philosophes).
Pour le mysticisme, les maximes prononcées par le poète iranien Baba Taher Oryan Hamadani méritent d’être appréciées. Plusieurs penseurs et savants iraniens en ont, jusqu’à nos jours, donné des interprétations. On peut notamment citer celle attribuée à Ayn al-Quzat Hamadani ou celle écrite à la fois en arabe et en persan attribuée à Molla Soltan Mohammad Gonabadi.
La perle de la parole est le titre d’un livre où sont collectées les maximes et les sentences mystiques du philosophe iranien Gholam Hussein Ebrahimi Dinani prononcées lors de ses discours dans différents milieux et en diverses occasions. Le procédé utilisé dans la collecte des propos de Dinani dans ce livre est innovant dans son genre. Le titre de son livre, La perle de la parole, s’accorde parfaitement avec son crédo, qui peut se résumer par cette phrase : la meilleure parole est à la fois courte et significative.
Voici quelques-unes de ces maximes, prononcées sous la forme poétique du quatrain, et leur traduction en français :

بالاترین نعمت انسان، عقل اوست

Le don suprême de l’Homme est son intellect.

چون خلق نمود ذاتِ یزدان، انسان بس نعمتِ بییزدان از بینِ تمامِ این نعیمِ سرشار برتر زِ همه، نعمتِ این عقل بدان نشانه آگاهی انسان، دانستن مرز بی

Le signe de la conscience de l’Homme, c’est la connaissance de la frontière entre le silence et la parole.

یداست آن چی دانستنِ مرز بیی، بی اولین مخاطب سخن انسان، خود اوست

La parole de l’Homme s’adresse d’abord à lui-même.

ی می خیزد دنبالِ مخاطب است و خوش انگیزد در پایی ریزد بگو چه می خواهی، تا بگویی هستی!

Dis ce que tu veux : je te dirai qui tu es.

در هر طلبیی زد دستی بر وفقِ درون، به آن طلب پیوستی برگوی به من: چه چیز را می طلبی تا نییی؟ یی تواند آغاز داشته باشد.

L’Homme, étant libre, peut à chaque instant avoir un nouveau commencement.

آزادیِ انسان نبوَد جز ییِ دوست، سربسته بساز آزادیِ او قرینِ صد ناز و نیاز هر لحظه توانا بُوَد او بر آغاز ی از بیرون و انسان از درون است.

Dominer chaque créature se fait de l’extérieur, se dominer soi-même s’effectue de l’intérieur.

ی پیداست این جمله، مهارشان بیرونی ست غیر از بشری هر چی

L’Homme est dans l’univers, mais l’univers ne prend sens qu’avec lui.

هر چییرون پیداست در شهرِ وجودِ آدمی هم برجاست در خود بنگر، نمونه یِ اعلایی یّ و دنیا صغراست! ی

La technologie est l’extension de l’Homme.

انسان به چراغِ علم و فن نزدیی چه درخشنده و گه تاری ی خیزد زیی یم، بیش تر از معنی دور می شویم.

Plus on est occupé par l’apparence, la forme et l’aspect, plus on s’éloigne du sens de la vérité.

ییم صد وایی خبر از معنی همواره گرفتارِ تظاهُر باشیم ریشه همه ترس ها ترس از نابودی و مرگ است.

La racine de toutes les peurs est la peur de l’anéantissement et de la mort.

ی هست از جهل نشان دارد و از علمِ پست از ریشه یِ این ترس بپرهیز و بدان نابودی و مرگ، ریشه یِ هر ترس است یزش است.

La difficulté de l’Homme est de maîtriser ses instincts.

ایییتی جانسوز است ییروز است انسان بدون معنویت نداری

Nous n’avons pas d’Homme sans spiritualité et le problème est sa négligence.

در دایره ییِ معنویّت، اسرارِ مگو انسانِ بدون معنوی ی

Est libre celui qui est à la fois son serviteur et son maître.

ین جهانِ پر فریاد است یا بنده بُوَد، وَ ی هم بنده یِ خود باش، هم اربابِ خودت این، معنی آزادیِ نوبنیاد است تمام هویت انسان در رفتارش ظاهر نمی شود، در نتیجه هیی

L’identité totale de l’Homme n’apparaît pas dans son comportement ; on ne peut connaître personne complètement.

ظاهر نشود هویّتِ هر انسان در آن چه پدیدار شود از همگان پوشیده تر از جمله ملای

Ce livre comprend quatre chapitres contenant chacun des expressions et des énoncés courts dans les différents domaines que sont l’anthropologie, la philosophie, le rationalisme et le mysticisme. Ces quatre chapitres semblent retracer les quatre étapes du processus de perfectionnement de l’existence humaine. L’auteur cherche à mettre successivement les expressions et les énoncés sémantiquement proches dans le même chapitre. La première page du livre a été ornée d’une phrase manuscrite du professeur Dinani : « Les formes proviennent du manque de forme, les couleurs de l’absence de couleur et les paroles de l’absence de parole. » Cette expression tend à montrer que les déterminations et les formes que nous observons dans ce monde découlent d’un lieu qui est libéré de toute contrainte et de toute limite. Toutes les formes, toutes les couleurs et toutes les déterminations de l’univers proviennent d’une source et sont de ce fait considérées comme contingentes. Si elles proviennent d’une seule source, ne seraient-elles pas plutôt nécessaires.
Tout ce qui produit de nouvelles déterminations doit être lui-même indéterminé ou, s’il est déterminé, devenir indéterminé au moment où il engendre de nouvelles déterminations, faute de quoi il aboutirait à un cercle vicieux d’enchaînements, ce qui est d’ailleurs impossible.
Le monde imaginaire manque de formes et se manifeste et se concrétise par le concept et la parole. Donc l’origine de la parole qui est en effet le monde imaginaire, n’a aucune forme ni limite et il se former et se manifeste dans la pensée et les mots.
Le titre du premier chapitre du livre consacré à l’anthropologie suggère que l’être humain, dans sa longue et difficile marche vers la perfection, doit d’abord commencer par soi-même et connaitre au départ ses différences avec les autres créatures. Certes, dans ce débat, le soi ne représente pas l’image ni le corps de l’Homme mais plutôt sa nature et ses conceptions intérieures qui sont d’ordre métaphysique.
Le livre commence par cette phrase : « Le don suprême de l’Homme est son intellect. » La spécificité la plus remarquable de l’Homme qui le distingue d’ailleurs des autres créatures, est certainement sa faculté de raison qui lui permet de percevoir les généralités de la vie. Depuis Aristote, on pense que la nature de l’Homme, en tant qu’animal parlant ou qu’être doué de parole, réside dans sa faculté de s’exprimer par le langage.
Dans cette discussion, le terme « parlant » ne signifie pas simplement la capacité de prononcer des mots ou de s’exprimer par le langage mais il a une signification plus vaste dans laquelle réside la capacité de perception des généralités. Certes, les animaux aussi peuvent, dans une certaine mesure, sentir et percevoir ; mais cette capacité est partielle. Ils sont tout comme les humains dotés d’une langue d’une bouche mais sont incapables de s’exprimer et de manifester leurs sentiments. La raison en est que le degré de perception des animaux n’est pas suffisant pour qu’ils puissent s’exprimer et se faire comprendre. Donc, la source et la racine de la parole sont la faculté instinctive de l’Homme de percevoir des généralités de l’univers. Sans la faculté de conception, l’Homme ne serait pas en mesure de manifester sa pensée et ses sentiments ; voilà pourquoi l’intellect a toujours été présenté comme le don le plus important et le bien le plus précieux qui ait été accordé à l’Homme. La perception des généralités permet à l’Homme d’étendre sa connaissance de l’univers.
Dans la seconde phrase, l’intellect est présenté comme un exemple invisible pour l’Homme, susceptible de le conduire vers le monde occulte et invisible, un monde inconnu qui se situe au-delà des cinq sens de l’Homme. Si on veut donner un exemple du monde caché de l’Homme, on peut évoquer son intellect et sa faculté de conception. L’intellect de l’Homme n’est pas en effet son cerveau et les cellules cérébrales ne sont pour lui qu’un instrument de perception.
La troisième expression qualifie d’occulte l’origine du langage. L’intellect étant l’origine du langage, la parole représente donc la manifestation de ce monde intérieur et abstrait. Selon la quatrième expression susmentionnée, la perception des secrets du discours des sages n’est possible que pour les gens de l’intellect qui s’occupent de l’introspection et sont initiés, à vrai dire, aux idées des philosophes. Ce livre s’adresse essentiellement à ceux qui croient en l’existence d’un monde invisible et métaphysique, les positivistes étant inaptes à concevoir le langage philosophique et mystique.
Le second chapitre contient des énoncés philosophiques. Après avoir décrit certaines caractéristiques naturelles de l’Homme au premier chapitre consacré à l’anthropologie, l’auteur se penche dans le second sur les expressions philosophiques, car d’après lui la voie de la perfection de l’Homme passe nécessairement par sa croissance intellectuelle et la philosophie est un moyen qui invite l’Homme à réfléchir aux questions profondes et fondamentales de l’existence. Si la voie de la perfection de l’Homme passe inévitablement par son intériorité, il ne peut la traverser qu’à l’aide d’une réflexion philosophique sur lui-même, sur l’existence et sur l’univers.
Selon la première expression du second chapitre, la philosophie est l’amour de la connaissance et le mysticisme est la connaissance de l’amour. En fait, l’amour de la connaissance constitue le fondement de la philosophie et le mysticisme est un chemin qui s’ouvre dans ce parcours. La seconde phrase du chapitre présente une interprétation du savoir et de la sagesse dans laquelle l’auteur recommande à son lecteur de ne jamais se contenter de ce qu’il sait. Car, selon l’auteur, lorsque l’Homme se contente de ce qu’il sait, il reconnait en effet l’arrêt et la fin de ses pensées. Or, d’après l’auteur, il est absurde pour l’être humain de renoncer à se renseigner, qu’importe le niveau de connaissance atteint. Le véritable philosophe est en effet celui qui est sans répit à la recherche du savoir sans se laisser assouvir ou fatiguer dans sa tâche.
La seconde expression établit un rapport avec la troisième selon laquelle « la sagesse appartient à Dieu et nous nous en rapprochons ». Le Seigneur est le Sage éternel et infini, l’Homme a donc un chemin infini à parcourir dans sa quête de la connaissance et de la sagesse.
Ce chapitre contient des éléments dignes de réflexion sur la connaissance de la nature, les qualités de la philosophie et certains principes fondamentaux de l’ontologie. A titre d’exemple, la philosophie désigne l’action de se procurer un nouveau regard sur la vie et le monde. En effet, la vie quotidienne fait tomber l’Homme dans le piège de l’habitude et se libérer de ce piège n’est possible qu’à l’aide d’une pensée philosophique. La bordure des pages du livre a été ornée par des dessins représentant des perles entrelacées. Si l’on suppose la perle comme le symbole de la parole sage, l’entrelacement des perles peut être vu comme traduisant la profondeur et la complexité du discours philosophique. En termes plus précis, la philosophie traite des sujets qui paraissent, à première vue, très simples mais dont le nouveau regard subtil qu’elle permet révèle les dimensions cachées et le sens profond. La réflexion philosophique consiste en effet à repenser les pensées et à réexaminer, à remettre en question ou remettre en doute toute les vieilles pensées et convictions pour parvenir à une réponse conforme aux préceptes rationnels et logiques. Il va de soi que la philosophie détruit cruellement toutes les pensées obsolètes de l’Homme mais elle réserve en même temps un accueil chaleureux et plein d’affection à tous ceux qui se sont apprêtés à se mettre sur la voie du rationnel. Ce chapitre se termine par une phrase selon laquelle la paix et l’amitié entre les peuples ne se réalisent que par la perfection et l’unicité de la pensée des Hommes.
Dans le chapitre consacré au discours philosophique, l’auteur affirme que l’itinéraire intérieur de l’Homme s’effectue via une réflexion philosophique approfondie mais que l’accès à ce territoire intérieur sans borne et à la liberté de pensée n’est pas possible sans une connaissance préalable du chemin et des repères. Sans doute l’unique guide compétent de ce voyage périlleux est la raison qui est apte à faire parvenir l’Homme à la véritable connaissance. La place de l’intellect est le titre du troisième chapitre du livre. L’intellect est selon l’auteur d’une grande splendeur et occupe un haut rang dans l’ordre de la Création.
Comme on l’a déjà évoqué, la première expression du livre présente l’intellect comme le don suprême accordé par Dieu à l’Homme. Dans ce chapitre, l’intellect a été présenté comme un être suprême qui gère les affaires de l’univers. La synthèse de ces deux expressions nous adresse ce message que l’Homme doué d’intellect est l’être le plus suprême parmi toutes les créatures et qu’il a la capacité d’accéder via la perfection de son intellect à une véritable connaissance de l’univers, lui-même soumis au règne de la raison. Il se peut que l’intellect humain se trompe à cause de son attachement aux choses infimes et aux désirs sensuels et irrationnels mais il a en même temps la capacité de diagnostiquer et de corriger sa propre faute. Ce texte se lit au recto de la couverture du livre : « l’Homme est doté à la fois de l’intellect et du sentiment. Certaines paroles visent à satisfaire la raison et certaines autres cherchent à susciter les sentiments. Donc il n’est pas sans fondement de dire que la parole la plus complète est celle qui peut satisfaire les deux aspects de l’existence de l’Homme. Cependant l’aspect le plus important de la parole est évidemment celui qui pousse l’intellect à songer, à méditer et à atteindre finalement la persuasion ».
Donc la belle parole est celle qui puisse satisfaire l’intellect. En effet, c’est grâce à l’unisson entre l’intellect et l’amour que l’Homme peut atteindre la perfection de son existence. L’intellect et l’amour sont à vrai dire deux vérités de la manifestation de l’Homme qui ne sont pas en contradiction mais par contre, ils forment deux ailes à l’aide desquelles l’Homme peut atteindre la vérité, la connaissance et l’unicité de l’existence.
Sur la parole philosophique est le titre du dernier chapitre du livre. A la lumière de la méditation et sous la conduite de la raison pure, le parcours intérieur de l’Homme peut aboutir à la véritable connaissance. Voici la phrase inaugurale de ce chapitre : « l’amour est la première manifestation de Dieu ». Cela veut dire que l’amour, qui est d’après l’auteur la première manifestation divine, constitue en effet le principal objectif de la création de l’univers. L’amour est l’attachement vif et désintéressé que l’on affiche à l’égard de quelqu’un ou quelque chose. Selon la phrase suivante du même chapitre, tous les mouvements et toutes les évolutions du monde confirment la manifestation de Dieu et reflète l’amour divin qui, à l’instar d’une force propulsive, dirige toutes les créatures vers la perfection. En d’autres termes, il existe une sorte d’attraction divine à l’intérieur des créatures qui les poussent vers leur origine. L’ultime étape de ce parcours est le mysticisme et l’amour auxquels on ne peut accéder qu’à l’aide d’une raison sublime et parfaite.
Au sujet de la nature de l’amour, de nombreux savants ont, à maintes reprises, affirmé qu’elle n’a rien à voir avec ce qu’on est mais qu’elle est en étroit rapport avec ce qu’on est. Il doit y avoir une erreur dans cette phrase car elle ne veut rien dire. Est-ce « aime » qu’on doit lire à la fin. Car l’amant et le bien-aimé s’unissent finalement pour constituer un tout. C’est l’amour qui procède à la purification de l’existence de l’Homme, de tout ce qui ne reflète par l’amour pour le bien-aimé, et c’est justement pour cela que l’amant arrive enfin à un degré d’attachement et de loyauté où il n’aperçoit plus que le bien-aimé. Dans cet état, il ne vise qu’une destination. Il a franchi les pluralités pour s’orienter vers l’unicité. C’est la dynamique de l’amour qui aide l’Homme à se libérer des disparités et des discordes pour s’orienter vers sa véritable existence. Cet amour qui est accompagné de l’intellect et de la conscience et dans lequel réside la raison d’être de l’Homme, aboutira enfin à la connaissance de soi et à cette vérité que l’Homme est à la fois l’itinéraire et la destination. Le livre se termine par une phrase ayant le même sens.
Le Professeur Dinani a fait des études à la fois traditionnelles et universitaires. Il se range parmi les grands philosophes contemporains de l’Iran et est considéré comme l’un des philosophes les plus prolifiques du monde islamique. Il a rédigé de précieuses œuvres de philosophie et d’histoire de la philosophie islamique tout en cherchant à présenter les idées des grands philosophes et sages musulmans.
Sa première œuvre est un recueil en deux volumes intitulée Les règles philosophiques générales en philosophie islamique contenant cent cinquante règles philosophiques, qui sert de référence à la plupart des philosophes iraniens. Certains sont d’avis que l’histoire de la philosophie en Iran manquait d’une telle œuvre et, en rédigeant ce livre, M. Dinani semble avoir rendu un grand service à la philosophie.
L’une de ses œuvres les plus importantes est intitulée Le rayon de la pensée et l’intuition visionnaire dans la philosophie de Sohrevardi, selon les critiques, le livre plus parfait et le plus sérieux jamais écrit en persan sur la pensée du Cheikh Shahabeddine Sohrawardi et sur la philosophie de l’illumination. Voilà pourquoi M. Dinani est connu en Iran comme le restaurateur de la sagesse d’illumination.
Parmi les œuvres de M. Dinani, deux livres en trois volumes revêtent une importance particulière. Le premier est L’aventure de la pensée philosophique dans le monde de l’Islam. Ce livre est une grande encyclopédie qui retrace le développement de la philosophie islamique depuis ses origines jusqu’à nos jours. L’auteur y a jeté un regard très subtil et tout particulier sur les événements produits sous l’effet de la confrontation des opposants et des partisans de la philosophie dans le monde musulman. Mais, dans le second livre intitulé « Le livre de l’intellect et le signe de l’amour », M. Dinani se penche essentiellement sur la place de l’intellect dans la sagesse et la philosophie. Il s’emploie à défendre dans ce livre l’importance et la place de l’intellect face aux idées des théologiens dogmatiques dits Ashaarites et à passer au crible les idées des philosophes et des mystiques Orient et Occident en la matière.
Le Professeur Dinani croit que l’amour est le fruit de la compréhension des replis et de la profondeur de l’intellect, ne voyant pas donc aucune contradiction entre ces deux concepts. Pour M. Dinani, l’un de ces concepts ne renie pas l’autre et le véritable amour passe par la voie de l’intellect. Certains ont accordé à M. Dinani des surnoms tels que « le gardien de l’intellect ». Avicenne (Ebn-e-Sina), considéré par de nombreux critiques comme un grand mystique, est aux yeux de Dinani le plus grand philosophe du monde islamique. La parole d’Ebn-e-Sina et l’expression de Bahmanyar est un livre rédigé par Dinani. Cette œuvre spécifiquement consacrée à la présentation d’Avicenne, de ses œuvres et de ses idées, contient des thèmes nouveaux et des sujets inédits et inouïs à propos de ce grand philosophe et médecin iranien.
Concernant la rédaction de ses œuvres, M. Dinani a tenté de s’exprimer en ces mots : « Je n’écris pas simplement pour écrire et rédiger un livre, mais il faut qu’il m’arrive d’abord une préoccupation et qu’une question se pose pour moi. Toutefois certaines questions restent toujours non résolues et je les laisse aux autres la tâche de les résoudre dans l’avenir. Donc, ceux qui lisent mes livres se rendent compte des questions que je pose. »
Si on veut partager la carrière professionnelle de M. Dinani en trois périodes : initiale, intermédiaire et récente, on se rendra compte du fait que les œuvres qu’il a rédigées ces dernières années sont très différentes et beaucoup plus mûres et abouties que les précédentes. Parmi ces œuvres, on peut citer Du Concret au Rationnel, Moi et autre que moi, L’Enigme du temps et la Contingence de l’univers, Question sur l’Existence ou l’Existence de la Question, Les Hauts et les Bas de la Pensée philosophique se rangent parmi ses œuvres récentes dans lesquelles il a cherché à exprimer ses idées dans le domaine philosophique.
Selon la vision de M. Dinani, le philosophe est celui qui, dans sa quête de la vérité, a des préoccupations et des questions sérieuses, étant toutefois convaincu que la philosophie offre la meilleure façon de dialoguer en la matière. Le professeur Dinani a pris part à des réunions et à des discussions privées que son maître, Allameh Tabatabï, tenait à Téhéran avec Henri Corbin. Ce dernier est un philosophe et orientaliste français qui a tenté de présenter la philosophie d’illumination de Sohrawardi et la gnose sublime du philosophe iranien Molla Sadra Chirâzi aux européens. Corbin, qui a montré un grand intérêt et un fort attachement à la philosophie et à la gnose islamiques, est d’avis que la philosophie islamique a été renforcée et a atteint son apogée dans la partie orientale du monde musulman et plus particulièrement en Iran à la lumière des œuvres islamiques et de leur fusion avec la sagesse théorique et la philosophie de la Perse antique.
D’après Dinani, le pur intellect est le critère de l’évaluation et de la compréhension de toute chose, y compris la compréhension de Dieu par l’Homme. On peut le présenter comme un philosophe rationaliste croyant en même temps à l’illumination et ayant une profonde connaissance de l’intuition, de l’ésotérisme et des différents aspects de la gnose sublime du chiisme. Depuis des années, en participant comme expert à une émission très populaire intitulée Maaréfat à la télévision publique iranienne, le professeur Dinani s’est employé à expliquer les opinions des grands philosophes, poètes et sages iraniens comme Avicenne, Ferdowsi, Khayyam, Molana Djalal-eddin Rumi, Hafez et tant d’autres. Grâce à son expression douce, simple et accessible à tous, il s’est forgé une popularité particulière auprès des Iraniens, amenant bon nombre d’entre eux à étudier les œuvres philosophiques. On peut reconnaitre M. Dinani comme un savant qui est arrivé à restaurer la sagesse théorique et la philosophie traditionnelle grâce à son style simple, actualisé et adapté à l’ère contemporaine et qui, en propageant le rationalisme auprès de la nouvelle génération, est parvenu à faire goûter aux Iraniens la douceur de la philosophie.

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