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Safoura TORK LADANI

Les relations de voyage des Français sur la Perse attirèrent l’attention particulière des Français sur ce pays depuis le XVIIe siècle. Depuis 1768, la discipline du persan fut inaugurée dans le Collège de France et les personnes éminentes comme Dominique Cardonne, Pierre Ruffin, Silvestre de Sacy, Amédé Jaubert, Mohl, Barbier de Meynard et James Darmesteter y étaient enseignants. Langlès avait fondé, à son tour, l’enseignement du persan à l’Ecole des langues orientales, depuis 1795.[1] L’étude du persan en France était accompagnée de celle profonde de divers aspects de la vie sociale, politique, économique, géographique, historique, littéraire et religieuse de la Perse durant le XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ici, nous examinerons brièvement les études des Français sur la Perse durant cette période dans les domaines de recherche mentionnés.

La Perse dans les ouvrages scientifiques de la France

  1. Les sciences religieuses

Les Français ont étudié minutieusement les croyances des Persans depuis la religion zoroastrienne jusqu’aux croyances islamiques de la nation iranienne. Parmi les divers ouvrages dans ce domaine, Ghaffâri cite les suivants :

  1. de Dubar, La religion zoroastrienne, Paris, Ernest Leroux, 1900.

  2. De Genouillac, Les dieux d’Ilâm, Paris, E. Bouillon, 1905.

  3. Henry, Sama et Hama, la source de l’éternité dans les mythes de l’Inde et de l’Iran, Paris, p. 1907.

Eugène Aubin, « Le Chiisme et la nationalité iranienne », Le monde de l’Islam, 1908, vol. 4, pp. 457-490.

Moise Schwab, « Le Commentaire iranien de l’Evangile », Les études juives, 1909, No 58, pp. 303-306.

Nicolas (A.L.M), La recherche sur la Cheikhiyyat, Paris, 1910-1914.[2]

  1. L’histoire et la géographie

L’histoire et la géographie de la Perse avaient bien attiré l’attention des historiens et des savants de la géographie française. Nous citons quelques ouvrages français dans ce domaine :

Salomon Reinach, Xerxès Khashâyâr Shah et Hellespont (l’ancien nom de Dardanelle), Paris, 1905.

Franz Schrader, L’année cartographique, Paris, Hachette.

  1. Moreau, « L’étude géographique-médicale du golfe Persique », l’Annuaire médical des vaisseaux de guerre, Paris, 1909, p. 36.

Ennemond Morel, Les notes sur la Turquie, l’Iran et le Turkestan, Lyon, 1909.[3]

  1. Les récits de voyage

Suite aux voyages des Français en Perse au XIXe siècle, de bonnes relations de voyage furent écrites. Les voyageurs français ont laissé parfois des ouvrages très précieux dans ce domaine. Parmi ces voyageurs, nous pouvons citer seulement le nom d’un voyageur, qui était l’un des  plus remarquables de la France à cette époque, c’est-à-dire, le grand romancier français, Julien Viaud surnommé Pierre Loti. Cet officier de la Marine française révéla sa capacité et son goût avec l’écriture d’Aziyadé en 1897. Pierre Loti avait inséré également la visite de la Perse dans le programme de ses voyages.[4]

En 1899, le ministère des Affaires étrangères de la France conseilla à l’ambassadeur français d’accorder les facilités nécessaires pour Loti, qui s’était chargé de faire les recherches géographiques au Sud de la Perse.[5] Loti arriva en Perse au début d’avril 1900. Il commença son voyage en Perse par les plages du golfe Persique le 17 avril 1900, et après un court séjour à Chiraz, il arriva à Ispahan le 12 mai 1900. Ensuite, il traversa Kâchan pour arriver enfin à Téhéran.De ce voyage, il a laissé un ouvrage intitulé Vers Ispahan qui fut publié en 1904.[6] Dans cet ouvrage, l’auteur relate ses souvenirs de voyage à travers les diverses villes et provinces de la Perse.

 

Les iranologues français du XIXe siècle et la traduction des chefs-d’œuvre de la littérature persane

Hadidi a consacré une partie de son ouvrage intitulé De Sa’di à Aragon à l’Iranologie en France. Dans cette partie de la recherche, nous profiterons largement de cette partie de l’ouvrage de Hadidi pour présenter les iranologues français du XIXe siècle et leurs travaux sur la Perse et sa littérature.

Avec la Révolution française de la fin du XVIIIe siècle, tout fut bouleversé. L’École des Jeunes de Langues, où l’on enseignait les langues orientales dont le persan, fut fermée. Les salons littéraires, où les auteurs et les poètes se réunissaient, suspendirent leurs activités.

En revanche, de nouveaux horizons furent ouverts aux yeux des poètes et écrivains de cette époque. Un esprit nouveau, qualifié de « cosmopolitisme littéraire »[7] fut né. Car, les guerres de Napoléon avaient conduit les Français dans de nombreux pays dont ils avaient connu les coutumes, les traditions, la langue et la littérature. Ce fut dans ce contexte que le romantisme s’empara de la littérature de ce siècle et les romantiques, héritiers de diverses cultures et civilisations, essayèrent de refléter ce « cosmopolitisme littéraire » dans leurs ouvrages.

L’un des auteurs qui a contribué beaucoup au développement de cet esprit nouveau, c’était Madame de Staël. Elle était suisse mais avait vécu à Paris depuis son enfance. « Liée d’amitié avec le poète romantique allemand Schiller, avec Schlegel, spécialiste du persan et avec Goethe, l’auteur du Divan Oriental-Occidental, elle était le vivant symbole de la nouvelle littérature. »[8] Ses romans étaient les premiers ouvrages cosmopolites de la littérature française. Car, elle connaissait les différentes cultures et civilisations. Alors, elle suscitait l’admiration de la jeune génération qui cherchait de nouveaux thèmes. Les diplômés de l’École des Jeunes de Langues commencèrent à l’imiter.

Ainsi, une vraie renaissance orientale apparut et les traducteurs commencèrent à traduire les ouvrages littéraires de l’Orient, surtout ceux de la Perse. À cette époque, les Français ne connaissaient pas encore une grande partie de la littérature persane. Parmi les ouvrages littéraires persans, ils connaissaient seulement LeJardin des roses, LeLivre des lumièresou la Conduite des Rois, Les Mille et une Nuits et Les Mille et un Jours, traduits et publiés en France au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. D’ailleurs, les informations que les écrivains de cette époque pouvaient puiser dans les sources comme La Bibliothèque orientale de D’Herbelot ou les Récits de voyage des voyageurs comme Chardin, Tavernier et Thévenot n’étaient pas suffisantes.

« En 1795, l’École des Langues Orientales fut créée à Paris. Ce fut  Louis Langlès, l’un des plus grands orientalistes du XIXe siècle, qui proposa en 1790 à l’Assemblée constituante, la création de cette nouvelle école pour remplacer l’Ecole des Jeunes de Langues fermée depuis 1789. »[9] Sa proposition fut acceptée et il se chargea lui-même de la réalisation de ce projet, ce qui dura jusqu’en 1795. Le 10 Germinal an III, cette école fut officiellement inaugurée.[10] Peu de temps après, l’École des Jeunes de Langues fut aussi réouverte, mais, un peu plus tard, elle fut incorporée à l’École des langues orientales.En 1796, Langlès devint directeur de l’école qu’il avait fondée et occupa ce poste jusqu’à sa mort en 1823. Selon Hadidi, « Langlès était le premier orientaliste français qui avait fait des recherches érudites sur le Shâhnâmeh, et qui en 1788, juste à la veille de la Révolution, avait publié une Notice sur la vie et l’œuvre de Ferdowsi. L’année où il fut nommé directeur de l’Ecole des langues orientales, il rédigea également une notice sur Sa’di. »[11]

Après la mort de Langlès, la direction de l’École des langues orientales fut confiée à Silvestre de Sacy. On peut considérer celui-ci comme le plus grand orientaliste français du XIXe siècle. À l’âge de trente ans, il savait bien les langues orientales comme le persan, le turc, l’arabe, l’hébreu et l’araméen. En 1793, il avait pu résoudre quelques difficultés du pahlavi, langue persane de l’époque sassanide. En 1806, il fut chargé de la chaire du persan contemporain. En 1814, l’enseignement du sanskrit au Collège de France lui fut attribué. L’année où il devint directeur de l’École des langues orientales, il fut également élu en qualité du président de la Société Asiatique de Paris, qui venait d’être fondée.[12] Cette Société « fut fondée en 1821 et sa première séance générale fut tenue le 1er avril de la même année sous la présidence de Silvestre de Sacy. Deux ans après, cette Société lança la publication du Journal Asiatique. »[13]

En outre, Sacy faisait des recherches sur la langue et la littérature persanes contemporaines. Parmi les ouvrages littéraires persans, il a traduit LePend-Nâmeh ou recueil de conseils de Farid od-Din ‘Attâr, en 1811, et LesHaleines de la familiarité de Jâmi, en 1831.

D’autres iranologues qui traduisirent des chefs-d’œuvre de la littérature persane, avaient souvent été élèves de Silvestre de Sacy. Nous citons ici les plus célèbres d’entre eux, avec quelques-uns de leurs ouvrages sur la Perse et quelques-unes de leurs traductions:

Antoine-Léonard de Chézy, qui traduisit Medjnoun et Leila de Jâmi et qui le publia en 1807. En 1814, la chaire du sanskrit au Collège de France lui fut attribuée.

Jules Mohl, qui a traduit LeShâhnâmeh de Ferdowsi. En 1822, il partit de Stuttgart à Paris pour apprendre le persan. Il y était d’abord professeur, puis, il devint directeur de l’Ecole des langues orientales. Il y resta jusqu’à la fin de sa vie. Il commença à traduire le Shâhnâmeh en 1836 et la traduction de cet ouvrage gigantesque fut terminée en 1878.

Etienne Quatremère, qui a traduit L’Histoire des Mongols de R. F. Hamédâni, et qui a critiqué la traduction du Shâhnâmeh par Jules Mohl.

Pierre-Amédée Jaubert qui a fait des études sur l’histoire de Perse. En 1830, il devint professeur au Collège de France et en 1841, il devint directeur de l’École des langues orientales.

Garcin de Tassy, qui connaissait le persan, l’arabe et l’urdu et qui a traduit le Mantic-Uttair ou Langage des Oiseaux de ‘Attâr, et une partie du Bustân de Sa’di.[14]

Ceux qui remplacèrent cette première génération d’iranologues étaient souvent leurs élèves. Ici, nous citons quelques-uns d’entre eux avec leurs travaux concernant la Perse et la littérature persane.

Charles Scheffer qui commença en 1857 son enseignement du persan à l’Ecole des langues orientales dont il devint directeur peu de temps après. Parmi les ouvrages persans, il traduisit La Relation de voyage de Nasser Khosrow, publiée en 1881 à Paris.

Charles Defrémery, qui publia la première traduction exhaustive du Jardin des Roses et celle d’une partie du Bustân de Sa’di. Il traduisit également l’Histoire des Samanides de Mîrkhand, en 1845.

Barbier de Meynard, élève de Jules Mohl, qui termina la traduction du septième et dernier volume du Shâhnâmeh après la mort de son maître en 1876. En 1880, il publia la première traduction complète du Bustân de Sa’di. Il a écrit également un ouvrage intitulé La poésie en Perse.

Clément Huart qui fut le premier traducteur des Quatrains de Bâbâ Tâher ‘Oryan, et du Livre de Gershasp d’Assadi de Tûs, poème épique.

Edmond Fagnan qui traduisit en 1880 Le Livre de la félicité de Nasser Khosrow.

Henri Ferté qui fit connaître aux Français les Ghazals ou Odes d’Anvari, poète lyrique persan.[15]

Alors, les Français qui n’avaient connu tout au long des siècles précédents que le Jardin des Roses et Le Livre des Lumières, connurent, au XIXe siècle, une grande partie des chefs-d’œuvre de la littérature persane grâce à ces iranologues.

Un autre groupe d’iranologues qui participèrent au développement de l’Iranologie en France était composé des ambassadeurs français en Perse. Souvent, ils avaient appris les rudiments du persan à l’École des Jeunes de Langues de Constantinople ou à l’École des langues orientales de Paris. Mais, ils ne connaissaient pas suffisamment cette langue. Alors, ils perfectionnaient leur connaissance en Perse. Là, ils rencontraient les lettrés et leur demandaient des explications sur les ouvrages qu’ils voulaient traduire.

La première délégation fut envoyée par Napoléon Ier pour transmettre un message à Fath-’Ali Shah. Elle arriva à Téhéran en 1801, y resta quelques mois, mais n’obtint aucun résultat positif. En 1804, une nouvelle délégation fut envoyée en Perse. Pierre-Amédée Jaubert, ancien élève de l’École des langues orientales et futur professeur au Collège de France, dirigeait cette délégation. Mais, accusé d’espionnage par les Turcs, il fut arrêté et emprisonné à Constantinople. Napoléon envoya une autre délégation dirigée par Romieu. Mais celui-ci mourut peu de temps après son entrée à Téhéran. Entre temps, Jaubert, libéré de la prison des Ottomans, parvint à Téhéran le 5 juin 1806, et présenta ses lettres de créance au Shah de Perse. Un traité fut signé entre la Perse et la France. À la suite de la signature de ce traité, le général Gardane parvint à Téhéran à la tête d’une mission militaire. Parmi les drogmans de Gardane se trouvaient Tancoigne, le futur traducteur d’une partie du Jardin des Roses de Sa’di et les deux diplômés de l’école des Jeunes de Langues de Constantinople.

La deuxième délégation politique importante fut celle dirigée par le comte de Sercey, premier ministre plénipotentiaire de France en Perse, qui partit de Paris en novembre 1839 et arriva à Téhéran en avril 1840.[16] Avec l’arrivée du comte de Sercy en Perse, une nouvelle étape fut ouverte dans les relations franco-persanes, surtout du point de vue scientifique et culturel. Eugène Boré, professeur de langue arménienne au Collège de France, Jean-Bapstiste Nicolas et Beberstein Kazimirski faisaient partie de cette délégation. Eugène Boré était un fameux orientaliste qui avait fondé la première école française à Tabriz en 1839. De plus, il était archéologue en Perse en 1837. Nicolas résida pendant trois ans en Perse. De son retour en France, il publia la première traduction française des Quatrains de Xayyâm en 1867. Quant à Kazimirski, il publia la traduction du Divân de Manuchehri, en 1886. En fait, avant son départ pour la Perse, Jules Mohl, le grand traducteur du Shâhnâmeh, l’avait chargé de demander aux lettrés de la Perse des explications sur certaines difficultés qu’il avait rencontrées durant la traduction des deux premiers volumes du Shâhnâmeh de Ferdowsi et il accomplit cette mission durant son séjour en Perse.[17]

Les relations franco-persanes restèrent bien irrégulières jusqu’à ce qu’en 1855, Prosper Bourée fût envoyé en Perse à la tête d’une délégation diplomatique. Barbier de Meynard, en tant qu’attaché culturel, et Arthur de Gobineau, en tant que premier secrétaire, faisaient partie de cette légation. Nicolas, qui se trouvait encore en Perse, prépara leur entrée à Téhéran. Barbier de Meynard ne put pas supporter longtemps le climat de la Perse et retourna en France après un séjour de quelques mois.[18] Mais Gobineau était tellement épris des coutumes et des mœurs des Persans qu’il ne savait plus « comment vivre en Europe après avoir vécu en [Perse]. »[19] Son séjour dura jusqu’en 1858 et cette année, il quitta le pays où il devait retourner en 1861 en tant que ministre plénipotentiaire de France en Perse.

La présence de Gobineau en Perse est très importante dans l’histoire de l’iranologie en France. Il contribua au développement de l’iranologie plutôt comme poète épique que comme historien et savant.  Avant son départ en Perse, il avait appris un peu de persan moderne chez son père à Lorient et chez Quatremère à Paris.[20] Mais à peine installé à Téhéran, il employa un secrétaire, nommé Mirza, qui lui apprenait le persan trois heures par jour de 7 à 10 heures du matin.[21] Il commença à l’apprendre avec tant d’assiduité et d’intérêt qu’après trois mois il le parlait couramment et comprenait bien les textes littéraires et historiques persans, « de sorte que Prosper Bourée se montre étonné, dans une lettre adressée au ministre français des affaires étrangères, de la facilité dont il parlait et comprenait une langue qu’il avait à peine apprise. »[22]

Gobineau fit de vastes recherches sur la Perse ancienne et la Perse moderne. Ses études aboutirent aux fameux ouvrages comme Trois ans en Asie, un chronique de l’histoire des Persans et LesReligions et les Philosophies dans l’Asie Centrale, paru en 1865 et un recueil de récits intitulé Nouvelles Asiatiques où l’on trouve les récits comme Les amants de Kandahar, La danseuse de Shamakha et L’illustre magicien. Gobineau avait puisé les informations sur la Perse musulmane aux différentes sources qu’il avait lues pendant son séjour en Perse. Mais, il tenait ses connaissances sur la Perse préislamique des ouvrages d’orientaliste, écrits par les élèves de l’École des langues orientales et publiés durant la première moitié du XIXe siècle. Il faut savoir que l’un des buts de la création de cette école était l’étude de la religion de Zoroastre et des textes mazdéens en vieux perse ou en persan moyen. Le précurseur de cette démarche était, nous l’avons vu dans les pages précédentes, Anquetil-Duperron. Celui-ci était le premier traducteur des ouvrages mazdéens. Il traduisit et publia en 1771 l’ouvrage de Zoroastre qu’il intitula « Le Zend-Avesta », quelques années après son retour de son voyage aux Indes où il était allé demander aux Mazdéens de ce pays le secret de quelques feuilles d’un manuscrit étrange et illisible, envoyé d’Angleterre à Etienne Fourmont, sinologue français. Durant ce voyage, il avait appris le persan moderne et les rudiments du persan moyen. De ce voyage, il emmena 180 manuscrits zoroastriens dont le Zend-Avesta.[23]

Alors, il contribua au développement de l’iranologie en France au XIXe siècle. Car, comme l’affirme Javâd Hadidi, « non seulement il fit connaître aux savants des textes dont ils n’avaient même pas entendu le titre, mais, comme il avait vécu plusieurs années parmi les Parsis et étudié leurs mœurs et coutumes, il put aussi, dans ses ouvrages postérieurs au Zend-Avesta, en tracer un schéma qui servit de base à des recherches plus approfondies. »[24]

Les maîtres et les élèves de l’École des langues orientales, surtout Silvestre de Sacy et Eugène Burnouf continuèrent le travail d’Anquetil. Burnouf publia la première traduction complète de Yasna, une partie de l’Avesta.[25] Plus tard, James Darmesteter suivit l’étude des textes anciens de la Perse et donna de nouvelles explications sur ces textes.

On constate queMichelet a puisé dans les ouvrages d’Anquetil et ceux de Silvestre de Sacy et d’Eugène Burnouf, ses idées pour l’écriture de son Histoire de Perse qui a été  insérée dans La Bible de l’Humanité.

Après Michelet, de nombreux savants et iranologues, comme James Darmesteter[26] au XIXe siècle, Georges Dumézil[27], Duchesne-Guillemin[28], Émile Benveniste, Jean-Pierre de Menasce et Antoine Meillet, au XXe siècle, et un grand philosophe comme Henry Corbin[29], poursuivirent leurs recherches et donnèrent  de nouvelles idées sur les langues et les religions de la Perse avant ou après l’Islam qui n’étaient pas complètement connu avant cette date .

D’ailleurs, de nombreux centres de recherche furent fondés à Téhéran ou à Paris, qui facilitèrent beaucoup la tâche des savants et des iranologues.[30]

Ici, il nous faut présenter brièvement les ouvrages des voyageurs français qui visitèrent la Perse à l’époque qâdjâre et qui, dès leur retour en France, publièrent le récit de leur voyage, participant ainsi à la connaissance de la Perse de cette époque.

C’était l’aspect historique et artistique de la civilisation persane qui attirait toujours l’attention de ces voyageurs : « Les monuments de la Perse préislamique ou les œuvres d’art de la Perse postérieure à l’expansion de l’islam dont Chardin et Flandin[31] surtout, avaient donné de très belles descriptions, et que les Français connaissaient également par les expositions organisées à Paris[32], n’étaient pas sans intérêt pour [eux]. »[33]

Le premier voyageur qui visita la Perse, était Pierre Loti qui, au début de ce siècle, entra en Perse via Bouchir et visita tour à tour Chiraz, Persépolis, Ispahan, Kâchan, Qom, Rey et Téhéran et relata ensuite ses souvenirs dans un ouvrage intitulé Vers Ispahan et le publia en 1904.Outre l’aspect historique de la Perse, c’était la littérature persane qui intéressait les iranologues français. C’était cet aspect de la civilisation persane qui, dès la naissance de l’iranologie, influença la littérature française et inspira de nouvelles images et de nouveaux thèmes aux auteurs et poètes du XIXe siècle. Ceux-ci ne savaient souvent pas la langue persane et ne pouvaient pas puiser alors directement dans les textes originaux de la littérature persane. Mais à cette époque, il y avait beaucoup de salons littéraires où se réunissaient les écrivains, les orientalistes et les iranologues ; ils échangeaient leurs points de vue sur la littérature orientale en général et la littérature persane en particulier. Parmi ces salons, nous pouvons citer le salon de Cuvier et le salon international de Clarke.[34]

La plupart des poètes et écrivains romantiques fréquentaient ces salons. Alors, ils y obtenaient bien de renseignements sur la littérature orientale, y compris la littérature persane, pour ensuite les utiliser dans leurs écrits. Victor Hugo recueillait la matière de ses Orientales dans ces salons.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu dans les lignes précédentes, La Société Asiatique, dirigée par Silvestre de Sacy avait été créée en 1821. Le JournalAsiatique, créé en 1823, publiait régulièrement les ouvrages des traducteurs et chercheurs du Collège de France ou de l’Ecole des langues orientales et fournissait ainsi les sources où ces écrivains pouvaient puiser la matière de leurs ouvrages.Ajoutons aussi que chaque écrivain de cette époque avait un conseiller parmi les orientalistes. Chateaubriand faisait partie de la Société Asiatique. Victor Hugo était ami des fameux orientalistes comme Silvestre de Sacy, Jules Mohl et Ernest Fouinet.

« Ainsi le romantisme et l’orientalisme étaient solidaires l’un de l’autre: les orientalistes traduisaient les chefs-d’œuvre des littératures orientales dont les romantiques empruntaient thèmes et images qu’ils inséraient surtout dans leurs poèmes. »[35]

Parmi ces chefs-d’œuvre, ceux de la littérature persane étaient d’une importance particulière. Les iranologues français ont traduit beaucoup de chefs-d’œuvre de cette littérature. Hadidi présente une table chronologique de ces chefs-d’œuvre traduits comme suit:

Table chronologique des ouvrages persans traduits en français durant le XIXe siècle

1807 : Medjnoun et Leila, Poème traduit du persan de Jâmi, traduit par A. L. Chézy, Paris.

1811 : Notice sur le Schah-Nameh de Ferdoussy…, par Jacques de Wallenbourg.

1819 : Pend-Nameh ou Le Livre des Conseils, traduit du persan du Scheikh Attar, par Silvestre de Sacy, Paris.

1829 : Extrait de l’Alexandréide ou Iskandar-Nameh de Nizâmi, traduit par L. Spidznagel…, St. Petersburg.

1831 : Les haleines de la familiaritéprovenant des personnages éminents de sainteté… traduit par Silvestre de Sacy, Paris.

1834 : Gulistan ou le Parterredes Fleurs de Sady, traduit par Semelet, Paris.

1836 : Histoire des Mongols de Rashid al-Din Fazl-Allah Hamadâni, traduit par Etienne Quatremère, Paris.

1838 : Le Livre des rois d’Aboul Qasim Firdousi, traduit par Jules Mohl, t. I, Paris.[36]

1842 : Id., t. II, Paris.

1845 : Histoire des Samanides de Mirkhond, traduit par Charles Defrémery, Paris.

1846 : Le Livre des rois de Firdousi, t. III, Paris.

1855:Id., t. IV, Paris.

1858 : Gulistan ou le Parterre des roses de Sady, traduit par Charles Defrémery, Paris.

1863 : Mantic-Uttaïr ou Le langage des Oiseaux de ‘Attâr, traduit par Garcin de Tassy, Paris.

1866 : Le Livre des rois de Firdousi, t. V, Paris.

1867 : Les Quatrains de Xayyâm, traduits du persan par J. B. Nicolas, consul de Paris à Racht.

1868 : Le Livre des rois de Firdousi, t. VI, Paris.

1869 : Le Boustan, poème persan de Sa’di, traduit par J. B. Nicolas, 1ère partie, Paris.

1869 : Rustam, roman de chevalerie persan, traduit en français par Alfred Delvau, Paris.

1878 : Le Livre des rois, t. VII, Paris.[37]

1878 : Théâtre persan, choix de téaziés ou drames, traduits par G. Chodzko, Paris.

1880 : Le Boustan ou Verger, poème persan de Sa’di, traduit par Barbier de Meynard, Paris.

1880 : Le Livre de la Félicité de Nassireddin Khosrow, traduit par Edmond Fagnan, Paris.

1880 : Le Divân de Menoutchehri, poète persan…, traduit par Biberstein Kazimirski, Paris.

1881 : Sefer-Nameh (Le Récit de voyage) de Nasir-i Khosrow, traduit par Charles Scheffer, Paris.

1886 : Les Quatrains de Baba Tahir Uryan en pehlevi musulman, traduit par Clément Huart, Paris.

1889 : Tezkéré-i Evlia, le Mémorial des Saints, traduit par Pavet de Courteille, Paris.

1895 : « Notice sur le poète persan Envéri, suivie d’un extrait de ses odes, traduit par Henri Ferté», in J. A.[38]

Ainsi, au cours du XIXe siècle, le nombre de traductions des chefs d’œuvre littéraires persans augmenta considérablement en France. Hayati Ashtiyani dit à ce propos:

« Nous avons pu constater que pour la première fois, les recueils de nombreux poètes persans connus furent traduits en français alors que dans ce domaine, les traductions étaient rares. Seul, le Golestân de Sa’di avait été traduit au cours des siècles précédents. »[39]

Les relations littéraires entre la Perse et la France se développèrent à la suite de la traduction des ouvrages littéraires persans en français. Dans les lignes suivantes, nous allons voir comment les grands chefs-d’œuvre persans ont influencé les ouvrages français du XIXe siècle. Dans ce sens, nous examinerons les ouvrages de grands auteurs comme Victor Hugo, Jean Lahor, Judith Gautier, Gobineau, Leconte de Lisle et Gide.

Les relations littéraires franco-persanes au XIXe siècle

À cette époque, les relations littéraires franco-persanes prirent une ampleur considérable à la suite de nombreuses traductions dont nous avons vu la liste dans la partie précédente. C’est grâce aux iranologues et traducteurs comme Mohl, Nicolas, Garsin de Tassy, Barbier de Meynard, Semelet, Chézy, Fouinet et bien d’autres que les poètes persans comme Ferdowsi, Xayyâm, Sa’di, Jâmi, Attâr et d’autres furent connus en France. Plusieurs auteurs français comme Hugo, Jean Lahor, Judith Gautier, Gobineau, Leconte de Lisle et Gide se sont inspirés de ces traductions. L’ampleur des relations littéraires franco-persanes au XIXe siècle est due au développement des relations diplomatiques entre les deux pays. D’ailleurs, le passé historique de la Perse qui était le carrefour de diverses cultures se reflétait dans la poésie persane. Pour cette raison, cette poésie attirait l’attention des poètes français du XIXe siècle.

Hugo était le premier auteur qui s’est inspiré de la poésie persane. Il cite, dans LesOrientales, le nom de quelques poètes persans comme Hâfez, Sa’di et Ferdowsi.D’ailleurs, en exergue à quelques poèmes de ce recueil, à savoir les poèmes IX (« La Captive »), XXVI (« Les Tronçons du serpent ») et XLI (« Novembre »), se trouvent des extraits du Golestân de Sa’di.[40] C’était Ernest Fouinet, l’auteur de La Caravane des morts, qui l’avait initié à la littérature persane.[41] Le poème « Derviche » des Orientales reprend une anecdote du chapitre « Des Rois » de Golestân de Sa’di.[42] Ici, Comme Sa’di, Hugo dénonce le despotisme des souverains de l’époque. Victor Hugo emprunta à Sa’di, en 1829, des morceaux qu’il inséra dans ses Orientales. Le premier portait sur la brièveté de la vie et la puérilité des pouvoirs.[43] En outre, dans la première édition des Orientales en 1829, la phrase « ….Jardin de Roses sur les feuilles duquel le vent d’automne n’étendra pas la main, et dont le printemps gracieux ne deviendra jamais sous la marche du temps un hiver stérile »[44] est mise en tête du poème intitulé « Novembre ». Or, ce titre et son exergue font naturellement penser à un autre recueil d’Hugo, Les feuilles d’automne, paru en 1831.[45] En fait, ce titre reflète le but de’Hugo dans ce recueil. Donc, « Novembre » peut être considéré comme une transition entre Les Orientales et Les Feuilles d’automne.

On trouve aussi en exergue à quelques poèmes des Orientalesde Hugo, des extraits du Divân de Hâfez. Victor Hugo nommait Hâfez« poète des choses du cœur » et lui empruntait des images et des thèmes dans ses Orientales.[46] Victor Hugo connaissait le poète persan depuis 1822, date de la publication des Odes et ballades et il lui avait emprunté l’hémistiche suivant: « Ecoutez, je vais vous dire des choses du cœur! » En parcourant ce recueil, nous trouvons un vers de Hâfez en exergue au poème XXIV (« Sultan Achmet »).[47]

Mais, si, dans Les Orientales, Hugo a cité quelques extraits de poèmes de Hâfez et de Sa’di en exergue à certains de ses poèmes, nous ne trouvons aucun extrait emprunté à ces poètes dans La Légende des Siècles. Seulement dans le poème « Le roi de Perse » de cette épopée, les noms de Sa’di et Hâfez sont évoqués.[48] D’ailleurs, Dans ce poème, nous voyons aussi les thèmes utilisés par ces poètes persans comme « le jardin », « la rose » et « l’amour » entre le père et le fils. Le thème moral qui ressort dans ce poème est le bonheur sans richesse ni puissance.[49]

Un autre chef-d’œuvre persan dans lequel Hugo a puisé ses oeuvres, c’était l’épopée nationale des Persans, intitulée Le Shâhnâmeh ou Le Livre des Rois, écrite par Ferdowsi. On constate que c’est dans La Légende des siècles qu’il s’inspira de cet ouvrage. À cette époque, Le Livre des Rois était en vogue en Europe et surtout en France, après de nombreuses traductions de ce livre dans plusieurs langues. Jules Mohl a traduit en françaisen 1859les tomes I, II, III et IV du Livre des Rois. Un poème de ce recueil est consacré complètementau poète épique Ferdowsi. L’utilisation des noms du Livre des Rois comme Dive,Gour,laPéri,ou Chosroès ont été repris dans La Légende des Siècles..

Cyrus et Cambyse, les rois légendaires persans ont également été cités par Hugo.[50] D’ailleurs, l’histoire de Rostam avait séduit Victor Hugo. Ce personnage lui servit de modèle pour écrire La Légende des Siècles. C’était en fait un nouveau guerrier qui attirait l’attention de l’auteur français qui suivait son siècle dans la recherche du nouveau.

Car, Hugo avait lui-même une conception dualiste de la vie et il refléta cette conception dans sa Légende des Siècles. Il divisa cette œuvre épique en trois parties: « La légende des siècles » qui devint le titre du recueil poétique, « La fin de Satan », inachevée, qui devait relater la défaite de l’armée du Mal et « Dieu », également inachevée, qui devait relater le règne du Bien.[51] D’ailleurs, selon Hayati Ashtiyani, « Hugo fait également allusion à Ormuzd et Ahriman, les représentants du bien et du mal dans la religion de Zoroastre. »[52]

Hugo avait passé de longues années en exil où il avait composé ses Châtiments et sa Légende des siècles de sorte qu’à sa mort, on le surnomma « Ferdouci du siècle»[53].

 Une autre source dont Hugo a profité pour l’écriture de cet ouvrage, c’est La Chronique de Tabari. C’est la source que Victor Hugo a utilisé pour la rédaction du poème « Exode de Nemrod » de La Fin de Satan.[54] Evelynne Blever, dans une note à propos du projet de Nemrod, souligne :

« La source principale d’Hugo pour ce projet sombre fut sans doute La Chronique de Tabari, dont la version persane de Balami, datant de l’an 963, fut traduite en français en 1836 par Louis Dubeux. Ce récit fournit à Hugo le retrait (l’ « exode ») de Nemrod; Les différences chez Hugo sont mineures, et le grand travail d’adaptation porte sur la nature de Nemrod. Le personnage de Balami est humain; celui de Hugo est de la lignée de deux figures mythologiques, Satan et Titan...»[55]

Comme le remarque Evelynne Blever, il y a un grand travail d’adaptation par Hugo dans « l’Exode de Nemrod ». Pourtant, La Chronique de Tabari diffère un peu du poème de Hugo. Le personnage principal est encore Nemrod et Hugo voit dans la guerre de Nemrod contre Dieu un conflit perpétuel entre le bien et le mal qui arrive enfin à la défaite du mal qui est représentant du Satan. Malgré ces légères différences, le fond de la légende reste le même dans « l’Exode de Nemrod ». Pourtant, il ne s’agit pas d’une simple adaptation, « parce que Hugo a repensé tout le sujet, et qu’il en a fait vraiment une création personnelle.»[56]

Victor Hugo emprunta aussi aux mystiques persans de nombreux thèmes pour la rédaction de sa grande épopée, La Légende des siècles. une œuvre  qui est divisée, en trois parties: « La légende des siècles », « La fin de Satan » et « Dieu ». On constate dans la troisième partie une inspiration minutieuse des mystiques persans, et notamment Mantiq Uttair ou Langage des oiseaux d’Attâr .

En effet, Victor Hugo connaissait Attâr et son Langage des Oiseaux depuis le temps où il se documentait pour la composition des Orientales et il en avait emprunté quelques passages traduits par Ernest Fouinet. Il connaissait également LePend-Nâmeh ou Le livre des conseils, et Les haleines de la familiarité traduits par Silvestre de Sacy, directeur de La Société Asiatique qu’il fréquentait souvent. La traduction intégrale du Langage des oiseaux, en 1863, par Garcin de Tassy, ne pouvait pas, non plus, lui rester inconnue.[57] Hugo a profité donc de toutes ses lectures sur le poète persan pour la rédaction de deux longs poèmes qui forment presque la totalité de la dernière partie de sa Légende des Siècles. Dans cette partie, Hugo évoque des personnages persans et reprend plusieurs images et thèmes du Langage des Oiseaux. Les oiseaux d’Attâr sont des métaphores qui remplacent des créatures humaines qui doivent parcourir un chemin spirituel pour atteindre Dieu. Ceux de Victor Hugo représentent également l’ « Esprit humain ».[58]

Tout au long de Dieu, nous trouvons des passages qui reflètent l’idée principale d’Attâr. Par exemple, dans un passage, Hugo évoque la nécessité de l’épanouissement du corps pour l’accès de l’homme à Dieu et aux mystères du monde.[59] Dans Le Langage des Oiseaux, cette idée est évoquée à travers les différentes histoires surtout celle des papillons et celle de l’homme au poisson.  On constate un thème commun à la fin de ces deux recueils et un emprunt a  Attâr de conceptions philosophiques sur le mythe de Simorq.

Jean Lahor[60], poète parnassien de la fin du XIXe siècle, s’est également inspiré des poètes persans. Il a emprunté même la forme de ses recueils aux Quatrains de Xayyâm. Il a utilisé la forme du quatrain pour rédiger Les Quatrains d’Al-Ghazali et la plupart des poèmes de L’Illusion. « Dans la poésie persane, le quatrain ou robâi se compose de quatre vers dont en général, le premier, le second et le quatrième riment ensemble ; le troisième est blanc. Mais, dans les quatrains de Lahor, « contrairement aux quatrains de Xayyâm, les vers riment deux par deux, avec des rimes plates ou embrassées. »[61]

D’ailleurs, Lahor était un scientifique et poète en même temps et il a été intéressé par Xayyâm, le grand poète persan. Il l’a considéré comme un savant du XIXe siècle qui dont les idées étaient complètement conformes aux nouveaux courants de pensée à cette époque, comme celui du positivisme. Lahor s’est inspiré également de tous les thèmes utilisés par Xayyâm. Xayyâm a traité des thèmes suivants dans ses Quatrains: « l’amour (charnel d’après certains et mystique d’après d’autres); le présent dont il faut profiter; Dieu; les astres; la religion; le soufisme; le vin; le destin et la création. Dans la plupart des cas, ces sujets sont évoqués avec pessimisme et ironie. Il est davantage préoccupé par la mort, le destin et la liberté face au destin. Ses poèmes présentent une vision imprégnée d’autant de pessimisme que de scepticisme. » Lahor a utilisé tous ces thèmes dans LesQuatrains d’Al-Ghazali et L’Illusion. Il a également évoqué les images utilisées par Xayyâm. Ces images, de tonalité pessimiste, se rattachent aux thèmes mentionnés ci-dessus. Lahor a aussi emprunté l’idée du panthéisme au Xayyâm. À ce sujet, nous rencontrons un passage dans La Gloire du néant. Lahor voit en Xayyâm un soufi: « [Aboû-Hâmid-Mohammad al-Ghazali] fut longtemps soufi, c’est-à-dire panthéiste, comme le fut Kheyam, le poète persan, son contemporain. »[62]

À travers L’Illusion, Lahor traite quelque thèmes comme « la fragilité de la vie », « l’amour et la mort », « chants panthéistes », « la gloire du néant », « le silence des morts » et « le stoïcisme ». Xayyâm a représenté ici le passage du panthéisme au nihilisme. il a bien exprime des souffrances qui existent dans sa vie. Lahor a construit cet ouvrage sur cette philosophie. Mais, c’est tout à fait différent dans un autre recueil intitulé Les Quatrains d’al-Ghazali, qui malgré le titre est dédié à Xayyâm. En fait, à la fin de cet ouvrage, au contraire de la démarche de Xayyâm, Lahor accepte la résignation devant la volonté de Dieu et s’efforce de trouver le vrai  bonheur dans un sentiment de sacrifice.

 Jean Lahor s’est également inspiré d’autres poètes persans, surtout Hâfez. Selon Hadidi, « Hâfez devient poète des choses divines, après avoir été « poète des choses du cœur ». C’est sous ce double aspect que vont le connaître certains poètes parnassiens et symbolistes. »[63] Jean Lahor était le premier poète parnassien qui, tout en s’inspirant de Xayyâm pour écrire son ouvrage intitulé L’Illusion, s’est inspiré également de Hâfez.

Jean Lahor cite à côté de Jâmi et de Jalâl od-Din dans La Gloire du Néant. Hâfez et Jean Lahor ont des conceptions communes sur certains points. En fait, Lahor s’est inspiré de la philosophie de Hâfez dans ses ouvrages. Hayati Ashtiyani jette les mots suivants à ce propos:

« Hâfez, laisse entendre dans [ses] vers que pour pouvoir aimer l’Aimé qui est absolu, il devrait ne plus être. Cela veut dire que dans la relation entre l’amant et l’Aimé, pour pouvoir s’unir à l’Aimé qui est l’absolu, l’amant doit disparaître. En effet, ce qui empêche cette union, c’est le corps de l’amant qui n’est pas de la même matière que l’Aimé. Or, nous retrouvons la même philosophie chez Jean Lahor qui considère que pour devenir la même substance que Dieu, il faudrait se débarrasser du corps qui n’est pas de même substance.[64] »

Lahor s’est également inspiré d’autres poètes mystiques persans. Il mentionne le nom des poètes mystiques comme Attâr et Jâmi dans La Gloire du Néant. Cela montre qu’il a lu Le Langage des Oiseaux d’Attâr, traduit en prose par Garcin de Tassy et publié en 1857. Dans un des poèmes de L’Illusion, intitulé « L’Océan de l’âme divine », Jean Lahor indique qu’il connaît « L’histoire des papillons »[65] qui se trouve dans les ouvrages des poètes mystiques persans, y compris Attâr. Dans ce poème, il s’est inspiré de cette histoire. Il faut remarquer que dans la poésie persane, le papillon est une métaphore pour désigner « l’amoureux ».

En somme, Jean Lahor est le seul auteur français qui se réfère de manière claire à la poésie persane. Il est le seul qui a emprunté à cette poésie non seulement des thèmes, des images et une philosophie, mais aussi une forme: le quatrain.

Un autre auteur de cette époque, qui s’est inspiré de la littérature persane, c’est Judith Gautier. Dans Iskender, l’un de ses ouvrages, on trouve des récits à la façon des conteurs persans. Dans le prologue de cet ouvrage, le conteur exprime son intention de relater l’histoire d’Iskender d’après les histoires recueillies par l’historien Mirxond et le poète persan Ferdowsi. Plus loin, à la première page du premier récit, le conteur ajoute qu’il raconte cette histoire dans l’œuvre des deux grands poètes, Hâfez et Firdouci. Le début du Trône des Kéianis ressemble également au début du Livre des Rois où Ferdowsi, après avoir loué Dieu, glorifie Mahomet et les quatre califes qui l’ont suivi, à savoir Abubakr, Omar, Osmân et Ali.[66]

Hayati Ashtiyani remarque:

« L’origine du récit du Trône des Kéianis, excepté la rencontre entre Bithekoum et Rouscheneck[67], figure dans le tome trois du Shâhnâmeh. Certaines descriptions des personnages et des scènes de guerre ont été empruntées à Ferdowsi. L’origine du récit des Quatre Merveilles de Keïd et celle de quelques extraits de LaPerle de Lacmi se trouvent de même dans Le Livre des Rois. »[68]

Gautier a également emprunté quelques récits du Livre des Rois comme celui de Zal et Roudâbé et celui de l’amour de Bahman pour sa fille, Homaï et la naissance de Dârâb dans Le Trône des Kéianis, le premier récit d’Iskandar. Cela montre que Judith Gautier a accepté ce qui a été dit dans l’ouvrage de Ferdowsi jusqu’à Iskandar. En fait, Le Livre des Rois est l’histoire du monde racontée par Ferdowsi, depuis la création du monde jusqu’à la conquête arabe. Ce grand poète épique persan a évoqué une cinquantaine de règnes depuis Kiumars, le premier roi, jusqu’à Yazdguerd, le dernier roi Sassanide. Parmi eux, figure le règne d’Iskender dans le tome III de cet ouvrage épique. De plus, Judith Gautier a repris la plupart des noms des personnages de ce livre dans son ouvrage intitulé Le Trône des Kéianis. Parmi ces noms, nous pouvons citer Zahhâk, qui est le roi aux têtes de serpents ou Kâveh, l’antique forgeron qui un héros pour combattre soulève le peuple contre Zahhâk . Dans ce cas, elle utilise les mêmes noms que Ferdowsi. Mais, il y a des cas où elle utilise d’autres noms. Par exemple, Rostam dans Le Trônedes Kéianis est le petit-fils de Rostam, alors que, ce personnage est le héros du Livre des Rois. Il est très brave comme son aïeul et son cheval s’appelle aussi Raxsh.

Les Fleurs d’Orient est un autre livre de Judith Gautier où elle s’est inspirée d’un poète persan. Ce livre, composé de plusieurs histoires comme Iskandar, est paru en 1893. Dans une des histoires de ce livre, intitulée Leïla, l’auteur met en scène les aventures amoureuses d’un jeune garçon nommé Keïs, et d’une jeune fille de la tribu voisine nommée Leïla. Beaucoup d’écrivains arabes et persans ont également relaté cette histoire qui, selon Z. Safâ, est inspirée d’une vieille légende arabe.[69] Mais, dans Leïla, l’auteur fait allusion aux « Persans »[70] et à « la Perse ».[71] D’après ces indices, l’histoire de Leïla se passe en Perse. Parmi les poètes persans qui ont relaté le récit de Medjnoun et Leïla, Ashtiyani cite Nézâmi et Jâmi. En comparant les recueils de ces deux poètes avec Leïla de Judith Gautier, il conclut que celle-ci s’est inspirée du recueil de Jâmi pour écrire cette histoire.[72] Selon lui,

« Excepté quelques détails, l’histoire de Leïla se trouve entièrement dans le Medjnoun et Leïla de Jâmi. D’ailleurs, à l’époque où Leïla est paru, seul le recueil de Jâmi avait été traduit en français par A. L. Chezy, en deux parties, en 1807. »[73]

Hayati Ashtiyani a fait un parallèle entre certains passages de Leïla et Medjnoun et Leïla afin de montrer la ressemblance de l’histoire chez les deux auteurs. Dans les deux œuvres, les personnages principaux sont Leïla et Keïs. Mais, dans Leïla de Judith Gautier, le contenu de la rencontre entre Keïs et Leila est tout à fait différent de celui du Medjnoun et Leïla de Jâmi. Pourtant, Judith Gautier suit très exactement le récit de Jâmi et emprunte même à ce récit bien de thèmes et d’images.

À part Judith Gautier, deux autres écrivains français du XIXe siècle, Leconte de Lisle et Arthur de Gobineau se sont inspirés de Medjnoun et Leïla.

Dans quelques passages de son ouvrage, Leconte de Lisle cite des noms persans; cela indique l’intérêt porté par ce poète à la Perse. Ses mots sont en rapport avec la Perse et le zoroastrisme, l’ancienne religion des Perses. La scène initiale des Roses d’Ispahan, l’un de ses poèmes, reflète parfaitement les images stéréotypées de la poésie persane comme « les roses », « l’eau » et « l’oiseau

Un autre écrivain qui s’est inspiré de la littérature persane, c’est Gobineau. Parmi les auteurs français du XIXe siècle qui se sont inspirés des poètes persans, Arthur de Gobineau (1816-1882) fut le seul auteur qui a parcouru la Perse et qui avait des contacts directs avec les Persans. Il était très passionné pour la langue et la culture persanes. Publiant un article dans la Gazette de France sur la littérature persane, il s’efforçait de plus en plus diffuser cette culture dans la société française de l’époque.

Gobineau passa plusieurs années en Perse, d’abord comme premier secrétaire, puis comme ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire en 1854. Sa mission avait pour objectif de rétablir les relations entre Napoléon III et Nasser od-Din Shah. Pendant ses deux séjours en Perse, il entreprit des recherches dans divers domaines comme la religion, l’histoire et les coutumes des Persans, outre ses fonctions officielles, et ceci grâce à sa maîtrise du persan. Il regroupa ses recherches dans ces domaines dans un ouvrage intitulé Les Religions et les Philosophies dans l’Asie Centrale, paru en 1865. On constate qu’ il a écrit sur le Ta’zié, théâtre religieux persan dans les chapitres XIII à XVI.

Dans un autre ouvrage intitulé L’Histoire des Perses, publié en 1869, Gobineau évoque l’histoire des premiers Aryens vivant en Perse et y étudie leur famille, leur société, leurs rois, leurs guerres et leur religion. Dans un autre ouvrage de Gobineau intitulé Le Mémoire sur l’état social de la Perse actuelle (rédigé à Téhéran en mars 1856) que l’on peut considérer comme une suite à l’Histoire des Perses, on trouve des informations sur les sectes qui existaient en Perse depuis l’Islam jusqu’au XIXe siècle. On y trouve également des renseignements sur différentes langues et populations de la Perse. Dans son récit de voyage, Trois ans en Asie (de 1855 à 1858), il donne beaucoup d’informations sur ses observations sur l’Iran.

Il s’inspira des contes, des anecdotes et des légendes qu’il avait recueillies durant ses voyages pour l’écriture de son ouvrage intitulé Les Nouvelles Asiatiques, publié en 1876. On y trouve beaucoup de noms propres persans. Dans une des nouvelles de cet ouvrage intitulée Guerre des Turcomans, il fait allusion à l’histoire de Medjnoun et Leïla. Le nom du personnage féminin reste le même: Leïla. Mais, les personnalités des deux Leïla sont complètement opposées, exceptés quelques points communs comme le rapprochement que fait Gobineau entre « Leïla » et « les gazelles », le contenu de l’histoire de Medjnoun et Leïla se diffère de l’aventure amoureuse de Gholâm-Hussein avec sa cousine, dans LaGuerre des Turcomans. Dans Medjnoun et Leïla, l’amour entre les deux jeunes est réel et sincère, alors que, dans La Guerre des Turcomans, l’amour entre les deux jeunes est basé sur le mensonge et l’argent.[74]

Gide est un autre écrivain de cette période, intéressé par les poètes persans. Il a exprimé ainsi son intérêt pour ces poètes dans la revue Parse:

« […] J’ai pour ma part, vécu avec Sadi [sic], Ferdousi, Hafiz et Khayyam aussi intimement, je puis dire, qu’avec nos poètes occidentaux et communié étroitement avec eux – et je crois qu’ils ont eu sur moi de l’influence profonde, ils ont bu, et je bois avec eux, aux sources mêmes de la poésie. »[75]

Dans ce passage, Gide avoue qu’il connaît bien les poètes persans, il admet leur influence sur son œuvre. En fait, lors de la parution de cet article, le nombre des traductions de ces ouvrages augmentait et la lecture de ces traductions par Gide influençait son œuvre. Il s’est inspiré de la structure et des thèmes des ouvrages de ces poètes pour l’écriture de ses Nourritures terrestres.

Parmi les poètes persans, c’est d’abord Hâfez qui l’intéresse. Le recueil des poèmes de Hâfez s’intitule Divân. Selon Bahâ-Ed-Din Xoram Shâhi dans L’Esprit et le langage de Hâfez, la structure de ses qazals est inspirée de celle du Coran. En effet, il y a un désordre apparent dans la structure du Coran et ce désordre se trouve également dans l’œuvre de Hâfez. On le trouve également dans Les Nourritures terrestres.[76] De plus, le narrateur de cet ouvrage s’exprime à la première personne du singulier comme chez Hâfez.

 Pourtant, le modèle le plus évident pour la répartition en huit chapitres et son style qui est à la fois de vers et de prose s’appelle le Golestân de Sa’di. La structure dominante des huit chapitres de cet ouvrage est le hékâyat (récit) et le but de la plupart de ces hékâyats est l’éducation. En fait, Le Golestân de Sa’di est le fruit des études et de divers voyages de ce poète en Irak, en Syrie, au Hedjaz, en Afrique du Nord, en Inde, en Asie Mineure et en Azerbaïdjan. Les Nourritures terrestres de Gide ressemblent aussi à un journal de voyage comme le Golestân de Sa’di. D’ailleurs, le thème principal de cet ouvrage de Sa’di est la morale et Les Nourritures terrestres peuvent aussi être considérées comme un traité de morale consacré à l’éducation de Nathanaël.

Dans les lignes précédentes, nous avons vu que la structure des Nourritures terrestres ressemble à celle du Divân de Hâfez. Or non seulement Gide s’est inspiré de la structure de l’ouvrage de Hâfez, mais, il lui a aussi emprunté quelques thèmes. Dans chaque qazal, Hâfez traite plusieurs thèmes amoureux, religieux et philosophiques. Ainsi, non seulement nous retrouvons les mêmes thèmes traités par Hâfez à savoir l’amour, la religion et la philosophie dans LesNourritures terrestres, mais de plus, Gide comme Hâfez, passe d’un thème à l’autre dans un court extrait. Dans le Divân, presque à la fin de tous ses qazals, pour conclure, le poète s’adresse à Hâfez qui n’est autre que lui-même. Cela pour évoquer une leçon de morale ou pour transmettre un message.

Gide a emprunté d’autres thèmes aux poètes persans. Le thème du « jardin » occupe une place important dans Les Nourritures terrestres. Chez Sa’di, malgré les titres de ses livres, Le Golestân ou Le Jardin des Roses et le Boustan ou LeVerger, nous ne trouvons pas de passages consacrées entièrement à ce thème; mais il semblerait que Gide ait emprunté ce thème aux titres des œuvres de Sa’di. Cependant, parmi les œuvres connues de Gide, c’est surtout dans le Divân de Hâfez que le thème du « jardin » est récurrent. D’ailleurs, nous trouvons le thème de la nature dans les comparaisons chez Gide et chez les poètes persans. L’ utilisation de tous les éléments de la nature dans la poésie persane est complètement évidente  dans Les Nourritures terrestres tous . La personnification y est aussi fréquemment utilisée. Les saisons, la vigne, le nuage et le vent et la lune sont personnifiés dans son ouvrage. Les métaphores relatives à la nature y abondent.[77]

 Dans les Nourritures terrestres, Gide traite également des thèmes traités par d’autres poètes persans comme Ferdowsi et Attâr. Par exemple, il aborde le thème de la montagne d’une manière très précise avec « l’Elbrouz le lieu de vie de Simorq »[78], cité plusieurs fois dans Le Livre des Rois de Ferdowsi et dans Le Langage des Oiseaux d’Attâr, pour continuer avec un terme général: « [l]es monts ».[79]

Il a subi également l’influence de Xayyâm. Certains passages de ses Nourritures terrestres évoquent les Quatrains de Xayyâm. Il lui a emprunté les thèmes et les images, comme Honarmandi a tenté de le prouver dans sa thèse de doctorat intitulée André Gide et la littérature persane.[80] Dans le premier chapitre de cette thèse, Honarmandi a étudié l’influence de Xayyâm sur Gide. À la page 7, il écrit : « André Gide se refuse à voir en [X]ayyâm un mystique. C’est la cause pour laquelle il ne recommande pas la traduction de Nicolas qui ‘’est littérale’’ »[81] et il choisit la traduction de Fitzgerald qui quelqu’un qui croyait Xayyâm un matérialiste. En fait, Gide était attiré par la traduction de Fitzgerald qui était conforme aux nouveaux courants de pensée de la deuxième moitié du XIXe siècle, surtout le positivisme.

[1]. Henri Deherain, La France dans le Levant, Paris, Plon, 1931, t. III, p. 587.

[2]. Ab’ol-Hassan Ghaffâri, Târikh-e ravâbet-e Iran va Faranse az teror-e Nasser od-Din Shah tâdjangu-e djahâni-ye avval (1313-1333 H. L.) (LHistoire des relations franco-persanes depuis lassassinat de Nasser od-Din Shah jusquà la Première Guerre mondiale (1313-1333 H. L.)), op. cit., p. 181. Pour plus d’informations sur la liste complète des sources et des ouvrages concernant la religion des Iraniens, voir l’ouvrage suivant: Mohsen Saba, Bibliographie de lIran, Thèse Univ., Paris, 1936, p. 10 et suivantes.

[3]. Mohsen Saba, Bibliographie de lIran, op. cit., p. 21 et suivantes.

[4]. Ibid., p. 182.

[5]. AMFAE, Dossier du Personnel, Le voyage de Pierre Loti en Perse, le 24 octobre 1899.

[6]. Abbas Azarine, LIran dans la Revue des Deux Mondes au XIXe siècle, Paris, Thèse Univ., 1969, p. 281.

[7]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 229.

[8]. Ibid., pp. 229-230.

[9]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 2.

[10]. Raymond Schwab, La renaissance orientale, Paris, Payot, 1950, p. 71.

[11]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 231.

[12]. Voir Raymond Schwab, La renaissance orientale, op. cit., pp. 71 et suiv.

[13]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 2.

[14]. Javâd Hadid, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 232.

[15]. Ibid., pp. 232-233.

[16]. Sur le rapport de cette mission voir Félix Edouard de Sercey, « La Perse en 1840 », Paris, Revue Contemporaine, n° 52, Paris, mars et mai 1854. »

[17]. Voir Le Livre des rois d’Aboul Qasim Firdousi, publié, traduit et commenté par Jules Mohl, Paris, 1838-1876, t. II, 1842, préface.

[18]. Voir Les letters persanes de Gobineau, recueillies par A. B. Duff, Paris, 1957, n. 12, p. 97.

[19]. Ibid., p. 34.

[20]. Voir Raymond Schwab, La renaissance orientale, op. cit., pp. 452-457.

[21]. C’est ce que dit Gobineau, lui-même, dans une lettre adressée à sa sœur en novembre 1855.

[22]. Voir la lettre de Bourée au comte de Walewski, datée du 1er octobre 1855, c’est-à-dire trois mois après l’arrivée de la mission à Téhéran ; cité dans Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., pp. 237-238.

[23]. Raymond Schwab, La vie dAnquetil-Duperron, Paris, E. Leroux, 1934, p. 92 ; Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., pp. 241-244.

[24]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 245.

[25]. Eugène Burnouf, Le commentaire de Yasna, lun des livres des Perses, Paris, Imprimerie Royale, 1833-1835.

[26]. Il a travaillé sur les religions de la Perse ancienne. Parmi ses ouvrages, nous pouvons citer: Haurvasta et Ameretat, 1874, Ormazd et Ahriman, leurs origines et leur histoire, 1877 et Le Zend Avesta, traduction nouvelle, 1892.

[27]. Quelques-uns de ses ouvrages sont: Naissance dArchanges, Essai sur la formation de la théologie Zoroastrienne, 1945, Lhéritage indo-européen…, 1949 et Lidéologie tribale des Indo-Européens…, 1951.

[28]. Quelques-uns de ses ouvrages sont : Etudes de morphologie iranienne, les composés de lAvesta, 1936, Ormazd et Ahriman, laventure dualiste dans lAntiquité, 1953 et La religion de lIran ancien, 1962.

[29]. Pour les ouvrages de Henry Corbin sur la philosophie persane, voir Henry Corbin, Cahiers de lHerne, sous la direction» de Constantin Tacou, Paris, Editions de l’Herne,1981.

[30]. Bernard Hourcade, Les études iraniennes en France, Téhéran, IFRI, 1993.

[31]. Eugène Flandin, comme peintre, et Pascal Coste, comme architecte, furent chargés, en 1840, de la part du gouvernement français et avec l’accord du gouvernement persan, de faire un rapport sur les monuments historiques de la Perse. Ce rapport, rédigé par Eugène Flandin, et publié en 1851 par Eugène Burnouf, sous le titre de Voyage de MM. Pascal Coste et Eugène Flandin, pendant les années 1840-1841, contient de très belles planches sur les ruines de Persépolis. Ce fut le début des études archéologiques de la France en Perse. (Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 248).

[32]. La première exposition des œuvres d’art de la Perse fut organisée en 1867 à Paris. Théophile Gautier et beaucoup d’autres la visitèrent.

[33]. Ibid.,  pp. 247- 248.

[34]. Pour plus de renseignements sur ces deux Salons voir Raymond Schwab, La renaissance orientale, op. cit., p. 321. Hugo, Sainte-Beuve, Guizot, Renan et beaucoup d’autres fréquentaient surtout le salon de Clarke.

[35]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., pp. 254-255.

[36]. Jules Mohl était un Allemand de Stuttgard et professeur de persan au Collège de France et il traduisit Le Shahnameh entre 1838 et 1878 en sept volumes et le publia dans une édition bilingue en 1876-78. (Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 5.)

[37]. C’est le dernier volume de cette œuvre gigantesque dont la traduction est complétée par Barbier de Meynard, après la mort de Jules Mohl.

[38]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 256.

[39]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 121.

[40]. Ibid., p.122.

[41]. Victor Hugo, Œuvres complètes, édition chronologique, publiée sous la direction de Jean Massin, Paris, Le Club français du livre, 1970, t. III, p. 564.

[42]. Victor Hugo, Les Orientales, Les Feuilles dautomne, Paris, Gallimard, 1992, p. 89. Dans Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 39.

[43]. Victor Hugo, Les Orientales, Paris, Charles Gosselin et Hector Bossange, 1829, « Novembre ». Dans Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 307.

[44]. Victor Hugo, Œuvres complètes, op. cit., p. 495.

[45]. Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 308.

[46]. Victor Hugo, Les Orientales, Les Feuilles dautomne, op. cit.,« La Captive», p. 76.

[47]. Ibid., op. cit.,« Sultan Achmet », p. 133.

[48]. Victor Hugo, La Légende des Siècles, chronologie et introduction par Léon Cellier, Paris, Garnier Flammarion, 1979, 2 tomes, p. 182 du premier tome.

[49]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 50.

[50]. « Pour les idées», Tome I, pp. 144, 265, 273, 286, 357, 397, 449. Tome II, pp. 27, 107 et 295.

[51]. Ibid., p. 279.

[52]. Victor Hugo, La Légende des Siècles, op. cit., p. 413; dans Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 54.

[53]. Voir Paul Berret, Les grands écrivains de la France, Œuvres poétiques de Victor Hugo, Paris, Hachette, 1920-1927, 6 vol., vol. VI, p. 179.

[54]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 122.

[55]. Victor Hugo, La Fin de Satan, préface de Jean Gaudon, texte établi par Evelyn Blever et Jean Gaudon, notices et notes d’Evelyn Blever, Paris, Gallimard, 1984, notes 17, p. 289.

[56]. Georges Thouvenin, « La Légende orientale de Nemrod » et « Le Glaive » de Victor Hugo », dans la Revue d’Histoire littéraire de La République française, le bureau des Etudes politiques et internationales, La France, Paris, librairie Armand Colin, 1933, tome 40, p. 76.

[57]. Ibid., p. 465.

[58]. Victor Hugo, La Fin de Satan, Dieu, Paris, imprimé par l’Imprimerie Nationale, édité par la Librairie Ollendorff, 1911, p. 308.

[59]. Ibid., pp. 349 et 350.

[60]. Jean Lahor ou Henri Cazalis (1840-1909) avait concilié la médecine avec la poésie. Il écrivait d’abord sous le pseudonyme de Caselli, ensuite sous celui de Jean Lahor, et fréquentait des génies aussi différents que Leconte de Lisle, Ruskin, Saint-Saëns, William Morris, etc. Il fut l’initiateur du projet Habitations à bon marché et un art nouveau pour le peuple qui se réalisa après sa mort. Ses recueils, d’un ton pessimiste, sont nombreux. (Javâd Hadidi, De Sadi à Aragon, op. cit., p. 350)

[61]. Karim Hayati Ashtiani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 64.

[62]. Jean Lahor, Les Quatrains dAl-Ghazali, Paris, Alphonse Lemerre, 1896, Introduction, p. I.

[63]. Javâd Hadidi, « L’accueil fait en France à la littérature persane des origines à nos jours», op. cit., p. 27.

[64]. Karim Hayati Ashtiani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., pp. 67-68.

[65]. Fardi-Ed-Din Attâr, Mantiq uttair (Le Langage des Oiseaux), deuxième édition, préface de Mohammad Roshan, Téhéran, Negâh, 1377/1998, p. 231 (Discours allégorique de Madjnun); pp. 231 et 232 (Fin de l’histoire des oiseaux).

[66]. Hakim Abol-Qâssem Ferdowsi, Shahnameh, Téhéran, éditions Amir Kabir, huitième édition, 1374/1995, pp. 22 et 23.

[67]. « Judith Gautier s’inspire de sa rencontre amoureuse avec le Général Mohsen Xân, chargé par le Shah de Perse d’une mission politique en France, pour décrire la rencontre entre Rouscheneck et Bithekoum dans le récit du Trône des Kéianis.» (Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 123) Elle a raconté le récit de cette rencontre dans Le Second rang du Collier. Là, « elle admire le talent poétique de ce Général qui imite avec succès Omar Xayyâm. Grâce à celui-ci, elle découvre la poésie persane […]. Plus tard, en 1886, elle publie Iskender qu’elle dédie à Mohsen Xân. La rencontre amoureuse entre Judith Gautier et Mohsen Xân et celle de Rouscheneck et Bithekoum dans Iskender ont peut-être certains points communs.» (Ibid., p.76)

[68]. Ibid., pp. 80-81 et p. 123

[69]. Zabihollâh Safâ, Anthologie de la poésie persane (XIe-XXe siècle), textes traduits du persan par Gilbert Lazard, R. Lescot et Henri Massé, Paris, Gallimard/Unesco, 1964, p. 154.

[70]. Judith Gautier, Les Fleurs dOrient, Paris, Armand Colin et Cie, 1893, p. 116.

[71]. Ibid., p. 117.

[72]. Karim Hayati Ashtiyani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 84.

[73]. Ibid.

[74]. Ibid., pp. 91-92.

[75]. Parse, no 3, première année, 21 mai 1921, pp. 33-34 in André Gide et la littérature persane: recherches sur les sources persanes de lœuvre de Gide par Hassan Honarmandi, publié par la Direction Générale des Publications, Ministère de la Culture et des Arts, Paris, novembre 1973, p. 127.

[76]. Karim Hayati Ashtiani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897,op. cit., pp. 99 et 123.

[77]. Charles Henri de Fouchécour, La description de la nature dans la poésie lyrique iranienne du XIe siècle: inventaires et analyse des thèmes, Paris, C. Klincksieck, 1969, p. 5.

[78]. Le Simorq est un oiseau légendaire de la mythologie de la littérature persane. Dans LAvesta c’est un oiseau sacré dont le nid se trouve sur un arbre qui a surgi au milieu d’une mer immense et d’où proviennent les semences de toutes les plantes du monde. Dans Le Livre des Rois, cet oiseau fabuleux qui vit en haut de l’Elbrouz sauva Zâl de la mort et protégea Rostam, le héros de ce livre. Dans Le Langage des Oiseaux, le Simorq est le symbole de la félicité. (Karim Hayati Ashtiani, Les Relations littéraires entre la France et la Perse de 1829 à 1897, op. cit., p. 97.)

[79]. Ibid., pp. 97-98.

[80]. Hassan Honarmandi, André Gide et la littérature persane, thèse dactylographiée, Paris, 1968, p. 22.

[81]. Ibid., p. 7.

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