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Mohammad Reza Behzadi, Traduit par Reza Afchar Naderi

Premier état : Le « Fard Nameh de Paris » du temps de Louis XVIII
Iraj Afshar, dans l’introduction qu’il a rédigée pour le texte du Fard Nameh de Paris, rappelle comment dans son voyage à Manchester il a découvert, dans la bibliothèque John Rylands, le manuscrit du Fard Nameh, œuvre de Davoud Khan Malek Shah Nazar l’Arménien. Ce recueil était la propriété de Juanin. Ce dernier faisait partie du cabinet français du général Gardanne, rattaché au Ministère des affaires étrangères de la France. Ce document était rédigé en écriture « Naskh » et comportait un sceau de forme carrée de l’auteur comportant cette inscription : « Abdol Rahman Davoud Men Nasl-e Shah Nazer Sabour (Shapour) », datée de l’année 1825. Mis à part le volume de Juanin, il existe un autre exemplaire de cet ouvrage qui a été présenté par Miklo Makhaï, en l’année 1955 et qui appartenait à la bibliothèque de l’Académie des sciences de Léningrad. L’ouvrage de Davoud l’Arménien a été réalisé en 1818.
Apparemment, ce dernier avait rédigé avant l’ouvrage un état de l’Iran destiné à informer les Français sur la situation du pays en 1815. Cette étude rédigée en trois langues – arménien, persan et français –, comportant également le portrait de Davoud, avait été publiée à Paris durant le mois de Ramadan 1231 de l’hégire lunaire (1815).
Nous savons par ailleurs que le même ouvrage a été publié dans un format plus réduit à Paris en 1817 avec le portrait en couleur de Davoud Khan et d’autres illustrations. Ce livre fut imprimé par ses soins à Paris sous le titre « La relation des états et de l’organisation relatifs aux peuples protégés de l’Iran ». Il se trouve également qu’un exemplaire de l’ouvrage avait été signalé par l’auteur comme appartenant à la Bibliothèque nationale de la République Islamique d’Iran dans la grande salle dédiée aux études iraniennes. L’auteur de l’ouvrage se définit ainsi à la fin de ses écrits : « Malek Shah Nazar Zadeh Mir Davoud Zadourian ».

Or c’est pour informer les Iraniens de la situation de la France et en particulier de la ville de Paris que Davoud Khan écrit son étude du Fard Nameh. Selon Iraj Afshar, en principe, il aurait réuni ses informations durant l’année 1816 à Paris car il mentionne, dans sa préface, le nom de Richelieu. Durant les années 1815 et 1816, Richelieu était le principal ministre d’état de Louis XIII. Le Fard Nameh de Paris concerne de manière précise et sans conteste l’état du pays de France et de la ville de Paris durant la seconde décennie du 19e siècle. Il semblerait que l’ouvrage relate, dans le rapport sur Paris, des éléments ayant retenu l’attention de Davoud l’Arménien qui n’existaient pas en Iran. Ou bien il est question de méthodes et de manières de gouverner et de vivre situées aux antipodes de l’Iran, bien que l’auteur lui-même était séduit par le modèle français. Bien entendu ce propos n’est pas explicite mais il sous entend qu’il souhaiterait que l’Iran suive de tels modèles. Son état de Paris et la France de l’époque laisse croire qu’il souhaitait en informer les Iraniens et en particulier les fonctionnaires de l’état. Certains lieux visités par Davoud Khan l’Arménien consistent en sites ou institutions dont on ne retrouve pas l’équivalent en Iran et qui auraient suscité sa stupéfaction et son admiration. Des sentiments qu’il aurait voulu partager avec le lecteur iranien tels que le récit du jardin zoologique de Paris ou bien les lieux scientifiques comme un amphithéâtre de dissection, une serre qu’il présente comme « chambre tiède des végétaux », ou encore une scène de théâtre. Parmi les autres sites on peut mentionner l’hôpital, « l’école des aveugles », les écoles publiques dites « royales », les universités et les centres d’enseignement supérieurs désignés par le nom de « Dar ol Elm » ou institut scientifique.
Selon les dires de Davoud Khan, à Paris, sur ordre de Richelieu, deux traducteurs ont été mis à sa disposition afin qu’il puisse « visiter les monuments, les usines royales et autres lieux de la ville de Faris produisant des objets propres à l’occident ». Une visite lui permettant d’établir un rapport pour les Iraniens afin de les familiariser avec ces éléments. Son but étant de renseigner ses compatriotes et en particulier les gens de la Cour sur la situation de la France et de la comparer avec celle, bien délabrée de l’Iran.
Une brève relation sur l’auteur du Fard Nameh de Paris
Voici son titre détaillé : « Davoud Khan Malek Shah Nazar Armani ou Davoud ebn Zadour de la lignée de Malek Shah Nazar Men Oulad Shapour ou bien Mir Davoud Zadour ou Malek Shah Nazar Mir Davoud Zadourian, connu sous le nom de Davoud l’Arménien ». Il appartenait à la communauté arménienne – iranienne résidant à Bagdad. En 1802 il fut désigné dans cette ville, sur ordre du consul français Balivez, comme représentant pour veiller aux affaires commerciales et consulaires. Il fait partie de la lignée de Shah Nazarian Shapour Zadeh, une des plus anciennes familles iraniennes – arméniennes dont les origines remontent à 600 ans. Cette lignée, à ses débuts, était constituée de propriétaires terriens établis entre la rive orientale du lac Gougtcheh (Souan) et la ville de Ganjeh Karabak alors que le centre de leur pouvoir se situait à Mazra.
Mir Davoud Malek Shah Nazarian, qui maîtrisait totalement les langues persane, arabe et arménienne, s’était rendu à Paris pour apprendre le français, dans le Collège royal de la capitale. A cette époque, Napoléon Bonaparte qui envisageait d’envoyer un ambassadeur en Iran, demanda au responsable du Collège impérial de Paris de lui présenter une personne maîtrisant la langue persane tout en étant parfaitement informée sur la situation en Iran. La personne désignée serait alors dépêchée en Iran comme ambassadeur de l’état français afin d’y poser les bases de relations amicales. Le responsable en question recommanda Mir Davoud Shah Nazarian à Napoléon. En l’année 1807, Davoud Shah s’appliqua à établir des liens entre la France et l’Iran et fit parvenir une lettre au gouvernement iranien avant de se rendre à Teheran où il fut reçu avec bienveillance par le roi Fathali Shah. Le général Gardanne lui témoigna également sa bienveillance et confirma sa mission.
Durant la période qui suivit l’année 1810, Davoud fit connaissance à Istanboul avec Moussa Roufin (représentant politique français). En 1815, il fut désigné comme porteur d’une lettre de Fathali Shah à Louis XVIII à l’occasion de son couronnement. C’est au cours de ce voyage qu’il rédigea deux rapports différents. L’un, destiné aux Français, concernait la situation de l’Iran. L’autre consistait en un rapport sur la ville de Paris et la situation de la France à l’époque de Louis XVIII et portait le tire de Fard Nameh de Paris.
Saïd Nafisi a rédigé un autre état sur la biographie de ce Davoud Khan. Il écrit qu’après le meurtre de Agha Mohammad Shah Ghadjar, et avant l’avènement au trône de Fathali Shah, une délégation vint de France en Iran de sorte que Hadji Ebrahim Khan Kalantar fut dans l’obligation de les admettre. Mais quelques temps après le massacre des habitants de Kerbala par les Wahhabites, ce fut Esmaïl Beyk Bayat qui devint ambassadeur d’Iran à Bagdad. A cette époque Davoud l’Arménien entretenait des relations commerciales avec les Français. Davoud fit parvenir des lettres rédigées en langue française à Esmaïl Beyk et se présenta comme ambassadeur de France et se rendit à Teheran en compagnie de Esmaïl Beyk. Mais les responsables du gouvernement iranien n’accordèrent pas crédit à ses propos et tinrent les termes de son livre comme mensongers. Dans un autre passage, Nafisi rapporte que comme personne en Iran ne maîtrisait la langue française, ses écrits demeurèrent incompris et on douta de sa sincérité. Ainsi, on lui répondit sur un ton évasif, on lui attribua le titre de « khan » et on le congédia. Dans un autre passage il est écrit qu’à l’époque de Fathali Shah, Mir Davoud se rendit à Teheran en passant par Bagdad. Dans la cour ghadjar il fut dit à Mir Davoud que la cour ne disposait de personne sachant maîtriser le français. Aussi, après lui avoir offert le titre de « khan » et remis une médaille marquée aux signes de la couronne, du lion et du soleil, avec une écharpe, on réexpédia Mir Davoud en France.
Après quelques temps Mir Davoud retourna en Iran et se mit au service du gouvernement iranien . En l’année 1816 il fut dépêché à Paris en tant qu’ambassadeur . Cette période coïncidait avec le règne en France de Louis XVIII. En 1806, quand Monsieur Joubert se rendit en Iran, Davoud Khan se trouvait en sa compagnie. Dans tous les cas, la matière des écrits de Davoud Khan l’Arménien dans son premier livre rend compte de ses voyages en Iran et des rencontres avec des personnalités de premier plan tel le prince Abbas Mirza, le dauphin, successeur de Fathali Shah. Le 9 janvier 1824, Abbas Mirza fit émettre un décret à l’attention de Mir Davoud Khan au terme duquel il confiait l’organisation des terres héritées du Shah Nazarian à ce dernier. Puis, le 25 juin 1826 il attaqua les troupes de la Russie tsariste et il parvint à récupérer, en trois semaines, les régions remises aux Russes suite aux accords du Golestan. En août 1826, Fathali Shah fit envoyer Mir Davoud Khan, en tant qu’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, à Saint Pétersbourg en vue de pourparlers. Mais le général Iermolov n’autorisa pas Mir Davoud à traverser le Caucase et ce dernier dut se rendre à Istanbul. Dans cette ville il souhaita remettre une lettre au graph ?? de Russie mais il ne fut pas autorisé. A Istanbul, Mir Davoud écrivit une lettre au prince Metternich, le chancelier de l’état autrichien, afin de l’informer du passé conflictuel entre l’Iran et la Russie et lui demanda d’ordonner à l’ambassadeur d’Autriche à Saint Pétersbourg de demander aux administrateurs du gouvernement tsariste de ne pas s’opposer à ce qu’il pénètre dans le pays de ses ancêtres. Jusqu’à la fin de sa vie Mir Davoud Khan resta au service de l’état ghadjar.

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