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Jamal-addin Akrami,
Traduit par Reza Afchar Naderi

C’est avec des livres tels que « Père la Neige » et « Berger marin » que Alain Bailhache a débuté dans l’illustration durant les années 40 et 50 de l’Hégire solaire (années 70 – 80). Puis, après une longue interruption, il a repris cette démarche dans les années 90. La production des œuvres de ce peintre français, amoureux de la culture persane, s’est poursuivie dans les décennies suivantes avec un regard simple et spécifique à sa production.
Lors de ces dernières décennies, Alain Bailhache a employé successivement les possibilités de l’aquarelle et de l’encre selon des techniques ingénieuses qui lui sont propres puis la suppression du tracé allié au mouvement du pinceau sur des surfaces coloriées afin de créer des figures naïves et de caractère oriental. Parmi ses autres publications destinées aux jeunes Iraniens on peut mentionner « La légende du matelot Anahid », « Le savant des savants », « La légende du Kévir », « le prisonnier de la nuit », « Le loup et le lièvre », « Le meunier et la fille de la mer », « Les trois mèches d’or », « Vert et noir », « L’eau de jouvence » et « Le monde de Pou Pou ». En 1970, Alain Bailhache s’est vu décerner un diplôme d’honneur de l’UNESCO pour son illustration du livre « Père la Neige ».

Pour mieux se représenter la personnalité d’Alain Bailhache, peut imaginer un artiste qui, des jours durant, suit les contours de la Place royale d’Ispahan pour observer les anciens auvents qui l’entourent de même que les allers et venues des passants. Avec ses pinceaux imaginaires, il suit les dessins colorés employés sur les voûtes des bazars couverts de même que les formes des arbres élancés et le ciel bleu ensoleillé afin de les reproduire par la suite dans le cadre des récits et des légendes dédiés aux jeunes Iraniens. Il convient de considérer Alain Bailhache comme un poète de la couleur et de l’émail des céramiques et des motifs des murs et des arches et des auvents de même que de la nature dans sa représentation orientale.
L’artiste architecte, le peintre et le portraitiste, raconte à sa manière ses représentations poétiques dans l’esprit et la forme des bazars, des vieux quartiers et de la nature retrouvée. C’est pour son propre bonheur qu’il peint et qu’il représente les contes des enfants orientaux. Un architecte poète épris des dessins et des motifs cachés dans les ruelles et les quartiers en aquarelle d’entre ciel et terre. Sa passion pour l’architecture et la représentation de l’espace dans la tradition régionale, visible à travers ses œuvres, rappelle les peintures et les illustrations de Parviz Kalantari dans ses créations ayant pour modèles les maisons de pisé et l’atmosphère propre à l’habitat des tribus nomades iraniennes.
Son esprit oriental prend forme tout en étant pénétré des mystères de la nature imprégnée de magie et de la présence de l’homme dans les habitations en marge de celle-ci. Cet artiste français s’est appliqué, dans ses œuvres, à retrouver les légendes orientales et à les faire revivre dans ses illustrations polychromiques. Ses illustrations, dans des livres tels que « La légende du matelot Anahid », « Le berger marin » et « L’homme qui ne savait pas », sont accompagnées de hauts ciels étoilés, de falaises vertigineuses, de végétations luxuriantes sur les pentes des montagnes et de cités composées de coupoles, de minarets et de champs de blé.
Le regard porté par Alain Bailhache sur la nature en Iran est un regard universel sur l’Orient avec un ciel pur constellé d’étoiles et des collines qui se perdent dans la nuit. Des images qui révèlent l’âme lyrique et le regard mystique de l’artiste sur la nature orientale et qui évoquent surtout le regard des artistes non orientaux sur les atmosphères propres aux récits des Mille et une nuits et de Sindbad le marin.
Alain Bailhache emploie les symboles lyriques et le regard sur le monde dans la langue métaphorique pour lui donner couleur et forme afin de traduire avec passion des pensées qui lui sont chères. La mise en œuvre de l’esquisse dans les illustrations de l’artiste destinées aux enfants emploie volontairement des tracés circonscrits et des effets d’ombrés sous forme de hachures prenant forme par des pulsations imprimées au pinceau et des taches colorées appliquées avec vivacité. Alain Bailhache, tout en empruntant les particularités de l’école impressionniste, pour ce qui est de la couleur, de la lumière et de la forme, mène à terme son entreprise d’illustration destinée à l’univers onirique des enfants non sans quelques emprunts aux spécificité régionales des contrées orientales.
Les illustrations de Alain Bailhache dédiées aux livres « Père la Neige » et « Berger marin » sont imprégnées de dynamique juvénile autant dans la forme que dans les couleurs employées. Une effervescence telle que l’enfant iranien et l’interlocuteur universel s’y retrouvent à travers des symboles figuratifs auxquels ils adhèrent de tout cœur. Les images sont parfois imprégnées des nuances légères de l’aquarelle et des encres colorées, parfois par les tracés vifs et frénétiques de l’acrylique.
La passion d’Alain Bailhache pour l’Iran, ses édifices et sa nature orientale – plus particulièrement pour la nature et l’architecture propre à Ispahan – se retrouve non seulement dans l’atmosphère propre à ses illustrations pour les livres d’enfants mais aussi dans les teintes employées dans ses peintures. C’est volontairement que l’artiste, sans nulle esquisse préparatoire, imprime un rythme soudain à son pinceau et qu’il assoit ses teintes colorées sur des fonds sombres et nocturnes afin de faire jaillir de l’ombre les branches et les feuilles, les formes animales et les étoiles dans le ciel. Ainsi les récits pour enfant retrouvent une âme et une existence toute nouvelle. Une effervescence que l’on retrouve dans les autres livres illustrés de l’artiste comme « Vert et noir », « Couleur de café » ou « Le rêve du chardonneret ».
La plupart de ses livres ont été publiés par deux éditeurs, « Le Club pour le développement intellectuel des jeunes et des adolescents » et « La Hulotte ». La représentation graphique propre aux livres d’Alain Bailhache ne réside pas en une simple représentation destinée aux enfants mais surtout en une passion pour la nature et une fidélité en ses peintures secrètes. C’est une mémoire retrouvée de son attachement à l’univers de l’architecture et au monde caché du clair obscur. Car il est diplômé en architecture intérieure de l’Université des arts décoratifs de Paris et il dispose d’une expérience dans le domaine de la décoration intérieure.
Alain Bailhache se rend en Iran en 1967 pour enseigner l’architecture intérieure à la faculté des arts décoratifs de Teheran et il expose ses peintures à plusieurs reprises, jusqu’en 1978, à Teheran et à Ispahan. Ses illustrations regroupées dans son livre « Ispahan, jeune arbre de mon cœur », publié aux éditions Bisaveli, reflètent son regard fasciné par la représentation qu’il a du monde oriental. Il a reçu plusieurs prix pour ses activités artistiques à l’occasion du troisième salon du livre pour enfant de Teheran (1991) et lors d’une exposition au Musée de la marine de Paris pour ses illustrations d’un livre dédié à Chateaubriand (1997). Ses différents voyages, pour des projets artistiques, entre Teheran et Paris, ont été ponctués par la publication de plusieurs albums de dessin en Iran et en France.
Alain Bailhache est persuadé qu’Ispahan n’appartient pas uniquement à ses habitants et aux Iraniens. Ce serait également une mémoire de l’esprit et de la main inventive des hommes forgée au fil des temps et qui demeurera comme un héritage culturel de l’humanité. Il compare Ispahan à la ville de Grenade en Espagne et il affirme : « Là-bas, comme à Ispahan, on trouve nombre de caravansérails, de passages couverts, de mosquées, de places et de palais ravissants et somptueux ». Ses peintures qui représentent les monuments historiques d’Iran (essentiellement Ispahan) et de la France emploient le tracé à la plume pour mettre en évidence les reliefs et préciser les volumes et les effets de clair-obscur. Dans ces créations on découvre les aplats de couleur et le tracé des bordures mis en évidence par des lignes noires qui ne sont pas sans rappeler les esquisses de Houshang Seihoun, peintre et architecte iranien.
Alain Bailhache a présenté sa première exposition de peintures en Iran dans la galerie Seihoun en 1968. L’importance qu’il accorde, dans l’ensemble de son œuvre, au schéma figuratif, compte comme une nouvelle représentation du facteur temps dans la création artistique et un reflet de l’importance qu’il accorde au trait dans l’esquisse et la peinture.

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