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J’ai commencé à écrire
Le journal intime de Mirza Zeinolabedin Khan Loghman al-Mamalek au cours de ses études de médecine en France
Mohammad-Reza Behzadi
Traduit par Jabbar Abdideh

La vie étudiante est une partie de la vie qui contient en elle-même beaucoup d’histoires. Qu’est-ce qu’un étudiant fait, mange, comment s’habille-t-il ? Et des dizaines de questions semblables. L’histoire de la vie étudiante s’écrit avec des éléments concis et simples. Elle ne doit pas se prolonger excessivement, et ne peut être esquissée que par des phrases courtes et des détails significatifs.

Mirza Zeinolabedin, plus connu sous le nom de Zeinolabedin Khan Loghman al-Mamalek, est né en 1268 de l’hégire lunaire/1889 dans la région de Sarcheshmeh. Son père, Mirza Muhammad Fakhr al-Attiba Kani, était une connaissance du prince héritier Mozaffaredin Mirza et le médecin-chef spécial de son administration à Tabriz. Son grand-père, Pirahmad Kani, était médecin à la cour de Fath Ali Shah. Mirza Zeinolabedin, comme ses pairs, s’est d’abord initié à l’étude des sciences grâce à des enseignants privés. Puis, par la décision de son père, et perpétuant ainsi la tradition familiale, il est allé à l’école publique de Dar-al Fonun pour compléter ses études en médecine. Le père, qui était lui-même un des médecins de la Cour à l’époque de Fath Ali-Shah et de Mohammad Shah, n’encourageait pas tellement son fils à poursuivre l’étude de cette science. Après que Mirza Zeinolabedin eût achevé d’étudier la médecine à Dar al-Fonun, son père choisit pour son fils un travail à ses côtés auprès du prince héritier à Tabriz. Zeinolabedin, qui est maintenant surnommé « Khan » après avoir terminé ses études à Dar-al Fonun, mais s’appelle en fait Mirza Zeinolabedin Khan, ne s’intéresse pas tellement à son travail, administratif et fastidieux ; son désir très vif de parfaire ses connaissances le pousse à se rendre en Europe.

Grâce à l’influence de son père, il est nommé médecin auxiliaire par le prince héritier, et, en l’an 1307 de l’hégire, il part en France pour étudier à l’École de médecine de Paris. Une opportunité d’études précieuse est ainsi fournie au jeune médecin iranien, qui lui permet d’acquérir enfin une spécialité dans le domaine de la médecine et de la chirurgie.

Il représentera également l’Iran au Forum International de la Santé à Paris pendant un certain temps. Un an avant l’assassinat du sultan Sahebgharan, le docteur Mirza Zeinolabedin Khan retourne en Iran, et se met au service du nouveau prince héritier, Mohammad Ali Mirza, qui réside à Tabriz. Après l’accession de Mozaffaredin Shah au trône, plutôt que de venir à Téhéran, en compagnie des serviteurs du roi, il préfère s’occuper de son travail à Tabriz, c’est-à-dire l’exercice de la médecine et la fondation d’une école. Le titre de Loghman -ul-Mamalek lui est accordé grâce au soutien de Mozaffaredin Shah, et il nommera l’école « Luqmâniyeh ». Dans cette école moderne qu’il a fondée à Tabriz, les nouvelles sciences sont enseignées selon les méthodes en cours dans les meilleures écoles de l’Europe de l’époque. La qualité de l’enseignement de cette école était telle que le diplôme qu’elle délivrait était reconnu par la Russie et la France. Lorsque Mohammad Ali-Shah arrive à la tête de l’Etat, Loghman-ul-Mamalek déménage à Téhéran pour superviser les médecins de la cour royale et le forum public de la santé, qui deviendra ensuite le Ministère de la Santé. Loghman-ul-Mamalek est aussi le précepteur du jeune Ahmad Mirza, qui accède au trône à l’âge de douze ans, et dirige également l’hôpital public. Par ailleurs, il reste en contact avec le monde de la science, et entretient une correspondance nourrie avec plusieurs médecins français. Du fait de ses précieux services et de son adhésion au Conseil supérieur de la santé, le gouvernement français lui remet la Légion d’honneur. Mirza Zeinolabedin Khan Loghman-ul-Mamalek aura quatre enfants : le docteur Mohammad Hossein Loghman al-Dawleh, le docteur Mohammad Hassan Hakim al-Dawleh, le docteur Abbas Aalam al-Dawleh, et le docteur Saleh Heshmat al-Saltaneh. Ces enfants adopteront plus tard le nom de famille d’Adham et de Loghman Adham. Lors de ses études à Paris, il décide de tenir quotidiennement un journal de son séjour. Mais ce journal n’est destiné qu’à son propre usage : il pense en effet que personne, sauf lui-même, ne sera à même de déchiffrer son écriture. On y trouve une description de ses fréquentations et visites, de ses amis iraniens et français, des hôpitaux et de ses professeurs, des patients et de leurs maladies. Il se souvient toujours de l’Iran. Parfois, c’est une simple lettre qui le lui évoque, parfois un fruit. Il se souvient des paysages de l’Iran, lorsqu’il se désole pour les fils de sa patrie, ou lors de ses sorties. Son texte en prose est également un pot-pourri de persan et de français. Des termes jusqu’alors sans équivalents persans prennent du relief et surgissent du texte. Parfois, la manière même de construire les phrases s’avère une imitation de la syntaxe française. Dans certaines phrases, le verbe et le sujet sont inversés, mais de façon éloquente et compréhensible, et concise bien sûr. Les souvenirs de Loghman-ul-Mamalek, ce sont les mémoires d’un étudiant iranien d’il y a un siècle. Nous espérons que dans les prochains numéros de la revue trimestrielle Iwan, nous serons en mesure de publier une partie de ses souvenirs qui, pour la première fois, doivent être sélectionnées à partir des cahiers de ses mémoires quotidiens écrits en 1893 et 1894.

Grâce au nom de Dieu
Journal de Paris, le premier jour de juillet 1892
en France, le 6 Dhi Al Hijah 1309
(le 12 Tir 1271 de l’hégire)
Aujourd’hui, il y a exactement deux années et demie que je
suis arrivé à Paris avec le prince et le Dr. Heidar Mirza.
Vendredi, le 1er juillet/le 6 Dhi Al Hijah
(le 10 tir 1271 de l’hégire),
Après le départ de Jean Bagazier, je me suis occupé en lisant jusqu’à midi. Je n’avais pas d’appétit et je voulais aller à la Chambre des députés. Je suis arrivé à la place Bior à treize heures. Bernard, mon camarade de la faculté de médecine, et le prince m’attendaient. Nous sommes partis dans un omnibus. On nous a dit que c’était fermé ce jour-là, et de revenir le lendemain à deux heures de l’après-midi. J’ai compris que ça allait être une journée de perdue. Je suis allé donc au boulevard Yato. On y jouait une pièce de Chateaubriand. J’ai regardé le spectacle. Le jeune prince est venu. Nous avons parlé un peu en français. Il avait avec lui un petit instrument de musique qu’il avait emprunté à Fereidoun Khan, ressemblant au santour iranien ; à son côté pendait une sorte d’instrument dont on jouait parfois comme le tombak (instrument de percussion iranien). Tout cela m’a occupé un certain temps. Ensuite, je me suis rendu dans une autre chambre où se trouvaient de très jolis meubles, ainsi qu’un chien empaillé portant un collier et assis à côté de la cheminée, un tout petit chien assis sous une table, comme s’il était vivant : il était très joli. Ils possédaient un très bon piano. On en a joué un peu. Ensuite, j’ai vu quelques manuscrits royaux remplis de citations, dont l’auteur était un nommé Keniaz, surnom du prince. La date était écrite manuellement par ce dernier. Et puis, il y avait l’écriture d’Amin al-Dawleh. On voyait aussi une photographie du défunt prince – que nos âmes soient sacrifiées pour lui – portant un manteau en cachemire, ainsi qu’une photographie de Wala Dhil al-Soltan et celle de Wala Naib al-Saltaneh. Leur signature se trouvait en bas des manuscrits. Après avoir bu du thé, nous sommes partis pour Novar avec Vineuil et Bato. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Nous nous sommes promenés un peu. Il y avait quelques femmes arabes blanches qui vendaient des trucs dans leur magasin, et d’autres qui faisaient une danse orientale. Nous y sommes entrés. Mais nous avons vu Khatin en dehors de l’amphithéâtre. Quelque part, il y avait un dispositif maritime qui représentait des marins. Il y avait aussi un mécanicien près de l’amphithéâtre qui travaillait et jouait de la musique. On trouvait également une statue de femme assise sur une chaise, avec un grand tambour devant elle ; elle tenait de la main droite une baguette dont elle se servait pour frapper sur le tambour et une cymbale de la main gauche ; une autre cymbale était fixée au tambour. Un homme jouait le rôle de tourneur de pages en face de la statue, comme si celle-ci était vivante : elle regardait et étudiait cette page avec concentration, tournant la tête et les yeux. Ses lèvres tremblaient et on pouvait voir ses dents, comme si elle chantait quelque chose. Après un certain temps, elle indiquait qu’elle ne voulait plus cette page-là. Ainsi, on tournait les pages les unes après les autres. Finalement, l’une d’entre-elles lui plaisait. Elle riait et disait que c’était bon : mets-la sur mon bureau pour que je joue de mon instrument ! Elle soulevait ses épaules et dansait avec joie. Une fois qu’on avait mis la page sous ses yeux, elle commençait à chanter une chanson en frappant sur le tambour et la cymbale. La musique plaisait au mécanicien. C’était très spectaculaire. Nous sommes ensuite allés à Porte Maillot pour monter dans un omnibus.

Dimanche, le 10 juillet/le 15 Dhi Al Hadja
(le 20 tir 1271 de l’hégire)
C’est un jour férié. Je suis resté chez moi jusqu’à midi. Après avoir rangé la maison, nous sommes allés déjeuner avec Jean. Après le déjeuner, le prince étudiait la pathologie interne. Il a acheté deux volumes de Dieulafoy (1890) et un livre de pathologie interne pour le prince Franck avec quelques pages de commentaires de Dieulafoy. Je suis allé à l’Hôtel de Ville pour prendre un omnibus. C’est le 14 juillet et il y a une fête nationale avec des illuminations et de la musique. Nous sommes allés à Porte Maillot. On dirait que ça commence à trois heures et finit à six heures. Ils sont espagnols. Certains d’entre eux se sont habillés différemment et tiennent une cape rouge qui ressemble à un drapeau. Une porte s’ouvre et un taureau sort ; ils le suivent et l’entourent ; le taureau se jette sur eux, tente de les blesser avec ses cornes et sa tête, et les pourchasse. Certains s’emparent d’une banderille tandis que le taureau s’attaque à eux ; ils enfoncent la banderille dans son épaule puis déguerpissent. D’autres, à cheval, enfoncent des banderilles dans son dos, tandis que le taureau charge le cheval dans le ventre, les côtes, et la croupe. Toutefois, ses cornes ont été recouvertes afin qu’elles ne puissent rien transpercer. Quelques filles sont venues à cheval pour se mesurer au taureau. L’un des chevaux, moins grand que nos chevaux arabes, était noir et d’une grande beauté ; il y avait également un cheval arabe blanc monté par un cavalier.

Dimanche 17 juillet/le 22 Dhi Al Hadja
(le 27 tir 1271 de l’hégire)
Je suis resté chez moi jusqu’à midi. J’ai lu un peu, des livres et des journaux. Après le déjeuner, le prince nous a laissés et est rentré chez lui. Ensuite, je suis allé au Jardin du Luxembourg avec Einollah et Jean. Il y avait de la musique. C’était magnifique. Quels musiciens ! La musique s’est arrêtée à six heures. Nous sommes sortis. J’ai vu des raisins au marché, à quatre-vingt centimes le kilo. Jean en a pris. J’ai voulu en acheter une livre qui était à quarante centimes. Je me suis approché. Le vendeur a pesé une livre de raisins et a dit : ça fait quatre-vingt centimes. J’ai compris que les vendeurs du quartier utilisaient couramment cette ruse : ils écrivaient « quatre-vingt centimes » visiblement, mais « un demi-kilo » en lettres absolument minuscules ! Bref, c’était le demi-kilo qui était à quatre-vingt centimes !

Mardi, le 2 août/le 8 Muharram Al Haram
(le 12 mordad 1271 de l’hégire)
Jean est allé acheter du sucre, du pain et un journal. Je me suis levé très tôt parce que j’avais dormi tard hier soir. J’ai pris une tasse de café. Je suis allé chez Naghi. Il avait très mal. Il est descendu malgré tout. Nous sommes partis vers l’Hôtel-Dieu en diligence. Près de la maison de Naghi, nous avons vu M. Haraud, un interne de l’hôpital. Je ne m’en suis pas rendu compte, mais lui m’a reconnu. Il a retiré son chapeau et m’a invité à venir chez lui plus tard. Je lui ai rendu son salut et lui ai souri, puis nous avons poursuivi notre chemin. Nous sommes arrivés à l’Hôtel-Dieu. M. Walter l’a vu et examiné. Il a dit qu’il lui fallait une dilatation. Nous avons convenu que nous reviendrions le lendemain matin. Je suis resté. Naghi est rentré chez lui. M. Walter, très occupé, a dit : « Je vais t’opérer demain ». Je suis allé au restaurant directement. Le prince est arrivé. Je suis allé chez lui. Il a dit : « Je vais me raser. » Je suis allé chez moi, et de là, je suis retourné chez Naghi à seize heures. Il avait mal au bras. Après deux heures, le prince est venu. Il était temps de dîner. Sur le chemin du retour, j’ai acheté une livre de concombres à un prix de cinq châhis (ancienne monnaie iranienne). Ils ressemblaient à des concombres iraniens. Nous sommes allés dans un café après le dîner. Une femme avait fait une chose pareille à une mite en couleur. Il y en avait dans toutes les couleurs. Elle les avait pendues à un fil. Elles bougeaient comme des mites dans la nuit. J’en ai acheté onze. Ahmad en a pris une, mais l’a abîmée. Jean en a pris une autre. Einollah s’en est acheté une également. Le lendemain, j’ai acheté quelques chapeaux de femme que je comptais rapporter en Iran. Finalement, je me suis dirigé vers la maison. Je suis resté éveillé encore quelque temps. J’ai parcouru un livre et lu un journal.

Lundi, le 5 septembre/le 13 Safar
(le 15 shahrivar 1271 de l’hégire)
Je suis allé à l’Hôtel-Dieu pour savoir ce qu’on disait au sujet du choléra. Dr Ali m’informa qu’il était au service de Lediseau. Un homme était mort du choléra et la peau de son corps était devenue noire. Il était entré à l’hôpital la nuit précédente et était mort le lendemain matin. En le voyant, les apprentis se sont enfuis. Lediseau s’est renseigné, et un serveur lui a dit que sept personnes étaient déjà mortes, six personnes depuis avant-hier. Lediseau voulait examiner les entrailles du défunt. Ce jour-là, je me suis renseigné et l’on m’a dit que trois ou quatre personnes étaient mortes depuis hier. Tito et moi sommes allés voir les malades dans leur chambre. Les patients m’ont vu, m’ont entouré et ont manifesté leur joie. Le jeune malade que j’avais soigné était guéri et s’était rendu à la campagne. Il était désormais en pleine forme. Je l’ai vu, et il m’a informé de la rechute de la maladie dans une partie de son corps ; en revanche, tous les autres effets de la maladie et les cicatrices de la chirurgie avaient disparu. Il m’a parlé de M. Walter et m’a dit qu’un petit curetage serait probablement nécessaire. Mais M. Walter l’a opéré d’un abcès de la thyroïde. Je suis arrivé à la fin de l’opération. Le Dr. Ali était venu comme il l’avait promis. Lorsqu’ils m’ont vu, tous les médecins sont venus vers moi. Ils avaient l’air particulièrement content. Puis, à la fin de l’opération, M. Walter est venu, m’a serré la main et nous avons commencé à discuter de choses et d’autres. Je lui ai parlé de l’état de Naghi. Ensuite, j’ai été présenté au Dr. Ali. Après les présentations, il a dit : « Puisqu’il fait chaud, je finis les opérations avant de rendre visite aux patients. Si vous voulez, vous et le docteur Ali pourrez venir lorsque j’aurai fini ces opérations. Vous pourrez aller voir Rica ou Verneuil ou M. Lanro. Puis il nous a dit au revoir et est parti. Ensuite, on a amené un patient. C’était un jeune homme de dix-huit ou vingt ans. On avait tiré sur lui et la balle était restée dans sa cuisse, qui était enflée. Il était blessé depuis quelques jours. On lui a ouvert la cuisse pour extraire la balle ainsi qu’un morceau de de son vêtement en popeline qui s’était engouffré dans sa blessure. Il s’est avéré que ce n’était pas la balle qui était la cause de l’infection et de la gangrène dans la zone blessée, mais le morceau de son vêtement. Une balle ne provoque jamais de gangrène dans la zone blessée, parce que le feu qui vient de la poudre à canon désinfecte la balle. Il a donc ressorti tous les morceaux de plomb puis a vérifié le ligament du genou avec un doigt et constaté que celui-ci n’avait souffert aucun dommage. Il prévint qu’il faudrait couper la jambe au niveau de la cuisse si l’infection s’aggravait. Il a retiré les peaux de cuisse mortes et infectées qui ressemblaient à de la viande bien cuite. Finalement, après l’avoir lavé et essuyé avec de l’eau phéniquée concentrée, il a pansé la blessure avec de la gaze. Le jeune homme était mort environ vingt minutes après ; on pouvait entendre son souffle et son pouls se raréfier.

Jeudi, le 27 octobre/le 5 Rabi ul Thani
(le 6 aban 1271 de l’hégire)
Je me suis levé à six heures. Je suis allé à l’hôpital Cochin à neuf heures. Le prince est venu et est parti après la visite des patients. Deux personnes cholériques se portaient mieux. Il décida alors d’interrompre le système de surveillance du choléra, car ce dernier avait selon lui disparu. Ensuite, le prince et moi avons dit au revoir à M. Erard. Je lui ai donné quelques timbres iraniens. Il m’a remercié. Je lui ai dit que je le tiendrai au courant. Nous sommes sortis. Le prince est parti. Je suis rentré chez moi. M. Laugier, le docteur de l’Hôtel-Dieu, est arrivé à quatorze heures. Deux heures ont passé. Nous avons parlé de l’examen de chirurgie. Il m’a dit avoir écrit un livre qui contenait les questions de l’examen. Il devait revenir le lendemain à seize heures et quart et je devais me préparer à l’examen. Il est parti. Quant à moi, je suis allé acheter cinq volumes de livres de ces questions à un prix de neuf francs. L’un d’entre eux portait sur la physiologie, un autre sur l’autopsie et l’histologie, un sur la pathologie interne et la pathologie générale, et un dernier sur la thérapeutique, la médecine légale et l’hystérie.

Jeudi, le 9 février/le 21 Radjab
(le 21 bahman 1271 de l’hégire)
Mirza Ebrahim Khan est arrivé dans la matinée. Je lui ai envoyé par la poste le livre de chimie de Gautier, le livre de physique de Lanon, l’Histoire naturelle, et un dictionnaire Larousse. Je lui ai acheté aussi un livre de physique à cinquante-cinq francs et dix châhis. Puis nous sommes allés à un bureau de poste pour envoyer un télégramme. J’ai annoncé son arrivée à Moshirolmolk. Ensuite, il est allé déjeuner, et moi, je suis rentré à la maison. Après le déjeuner, le prince et Mirza Ebrahim Khan sont venus. Ils sont restés une heure. J’ai dit que j’avais un cours pour préparer l’examen de chirurgie. Le prince a fait parvenir au docteur Cheikh quelques livres qu’il avait empruntés à François. Ebrahim et moi, nous sommes allés au cours. On a parlé de la fluxion de poitrine et de sa différence avec la pleurésie et la pneumonie. Ensuite, nous sommes allés au cours de chirurgie. Nous sommes rentrés à vingt heures, avec le prince. Celui-ci et Ebrahim sont allés au restaurant. Bernard et moi, nous sommes rentrés à la maison. Après le dîner, nous avons discuté ensemble jusqu’à vingt-deux heures. Nous avons joué aux dominos pendant une demi-heure. Bernard est parti. J’ai commencé à écrire. Je me suis couché à minuit.